Mille et un métiers au Trait-Carré

Agriculteur, forgeron, charron, sellier, cordonnier, boulanger, meunier, charpentier, marchand général, maître de poste, institutrice, docteur ou curé : l’un de ces métiers vous tente? Dans le Trait-Carré du XIXe siècle, des habitants occupent ces fonctions. Grâce à eux, le village est autosuffisant et se développe à vive allure. À vous de le constater!

Un développement en accéléré

Nouveaux commerces, nouvelles maisons, augmentation de la population, le développement du Trait-Carré s’accélère au XIXe siècle. C’est bientôt le village le plus populeux de la paroisse de Charlesbourg.

La région de Québec est en pleine effervescence. La population du Bas-Canada augmente à cause du taux élevé de naissances mais aussi grâce à l’immigration. Les immigrants proviennent majoritairement des îles britanniques, surtout de l’Irlande. Comme les territoires qui bordent les cours d’eau sont déjà occupés, on doit peupler l’arrière-pays, soit les secteurs situés à l’intérieur des terres.

Sur le plan économique, Québec connaît un essor remarquable, principalement grâce à la construction navale et au commerce du bois. En guerre contre la France, l’Angleterre se tourne vers ses colonies pour s’approvisionner en matières premières, ce qui favorise l’ouverture de nouveaux marchés. Tout ce contexte soutient le développement du Trait-Carré, milieu transitoire, à mi-chemin entre la ville et la campagne. En peu de temps, le Trait-Carré devient donc un village autosuffisant, où l’on exerce toutes sortes de métiers.

Cultiver la terre

Nul doute que l’agriculture demeure le métier le plus pratiqué du Trait-Carré au XIXe siècle. Les terres y sont fertiles. On cultive des céréales : d’abord du blé et, plus tard, de l’avoine et de l’orge. On pratique aussi la culture maraîchère. Les légumes vedettes sont la pomme de terre, le navet et la carotte. La pomme est le fruit le plus cultivé. On y fait également de l’élevage, surtout des vaches, des porcs et des poules.

Les cultivateurs du Trait-Carré travaillent au rythme des saisons. Ils vendent la majorité de leurs produits dans les différents marchés publics de Québec, des lieux clés pour assurer leur gagne-pain. Ils ont bonne réputation et remportent souvent des concours de labour dans les paroisses des environs.

Produire du lait

Plusieurs cultivateurs du Trait-Carré possèdent une étable. Le lait extrait des vaches sert d’abord aux besoins domestiques. Les surplus sont ensuite écoulés dans les marchés de la ville. C’est à la fin du XIXe siècle qu’apparaît le métier de laitier. On livre désormais le lait à domicile. Certains membres de la famille Cloutier, par exemple, en font une spécialité. Peu à peu, les laitiers sont au service d’une clientèle régulière en effectuant, chaque jour, leur route de lait, aussi appelée « ronne de lait » (de l’anglais milk run).

Tenir boutique ou construire

Comme le Trait-Carré est devenu une sorte de relais entre la ville et la campagne, les artisans en profitent pour y ouvrir des boutiques. En 1871, à l’intérieur de la commune seulement, trois forgerons veillent au ferrage des chevaux, fabriquent et réparent des outils métalliques. Il y a aussi trois charrons qui fabriquent des voitures, un cordonnier qui travaille le cuir, un sellier qui fabrique des selles pour les chevaux, un boulanger et un meunier.

D’autres habitants du Trait-Carré pratiquent des métiers liés à la construction. Par exemple, le charpentier-menuisier choisit le bois, le coupe et monte la charpente. La famille Bédard, pionnière du Trait-Carré, a compté des charpentiers dans ses rangs pendant près de 300 ans.

Vendre de tout

Personnage pivot du village, le marchand général accueille tous les habitants dans son magasin. Il est généralement instruit puisqu’il tient les livres de compte, fait les inventaires et place les commandes. Que vend-il? De tout : des épices aux allumettes, en passant par les sucreries, les clous, les vêtements et les médicaments. Son magasin est ouvert le jour, le soir et même le dimanche.

S’occuper du courrier, enseigner et soigner

Différents services sont mis à la disposition de la communauté du Trait-Carré. Un maître de poste distribue le courrier, vend des timbres et s’occupe des envois. Des institutrices enseignent aux garçons et aux filles. Un médecin soigne les patients d’un grand territoire, soit jusqu’à Stoneham. Il doit évidemment bien connaître maladies et remèdes; de surcroît, il doit être disponible jour et nuit.

Veiller sur les villageois

Le curé du village est reconnu pour ses qualités morales et son bon jugement. Il reçoit les confidences des villageois et dirige ces derniers vers le bon chemin. Il prend souvent part à la vie communautaire. Il préside aux baptêmes, aux mariages et aux funérailles. Il veille également à l’instruction des enfants, avec le concours des Sœurs du Bon-Pasteur et des Frères Maristes. Comme père spirituel, il est généralement très aimé des villageois.

Aux bons soins du docteur Grondin

En plus des petits maux courants et des accouchements, le docteur Grondin sait comment venir à bout d’une blessure au genou. Il applique une compresse de teinture d’iode et un onguent appelé « mouche noire », puis il attend que des cloches d’eau se forment pour enfin les crever. Parfois, il fait office de dentiste. Il a aussi amputé la jambe d’un garçon de 5 ans blessé par une faucheuse. Voilà une profession où il faut être polyvalent!