« Entrer dans une maison comme dans un moulin » : vous connaissez cette expression? Elle veut dire « entrer dans une maison comme on veut ». Le moulin est donc un lieu accessible. Celui des Jésuites n’échappe pas à cette règle. Entrez! Vous apprendrez ici, entre autres choses, ce qu’est le droit banal, ce que signifie la location d’un moulin et qui sont les Déry.
Obtenir une seigneurie, au temps de la colonie, implique des droits et des devoirs. En plus du fait d’habiter la seigneurie Notre-Dame-des-Anges, les Jésuites doivent la peupler et fournir aux habitants, appelés « censitaires », un moulin à farine.
À partir de 1686, on oblige les seigneurs à doter leur seigneurie d’un moulin. Le droit des censitaires de pouvoir y faire moudre leur blé est nommé « droit banal ». En retour, les censitaires apportent leur grain au moulin de la seigneurie exclusivement. C’est ce que l’on appelle le « droit de mouture » du seigneur. Ainsi, le travail du meunier est garanti et tous les censitaires bénéficient d’un lieu pour faire moudre leur grain.
Au nord de la commune, vers 1670, les Jésuites font d’abord construire un moulin à vent. Cependant, l’eau se révèle une source d’énergie plus constante. Un moulin à eau remplace donc le moulin à vent vers 1740.
En tant que seigneurs, les Jésuites peuvent s’approprier la terre d’un censitaire pour y construire un moulin, si l’endroit est jugé propice. Dans le présent cas, ils ont choisi un emplacement d’un arpent carré sur la terre de Charles Lefebvre, héritier de Pierre Lefebvre, l’un des premiers habitants du Trait-Carré. Ce terrain est situé près d’un ruisseau que l’on détournera à bras d’homme pour alimenter le nouveau moulin à farine.
Sous le régime seigneurial, le moulin des Jésuites est loué. Meuniers et seigneurs s’entendent sur les conditions de location et signent un bail de sept ans. À qui revient l’entretien du moulin? Le meunier est tenu de réparer les bris mineurs. Toutefois, les réparations importantes, requises tous les 15 à 20 ans, sont l’affaire des propriétaires de la seigneurie.
Or, durant la première moitié du XIXe siècle, les travaux majeurs se font souvent attendre. Depuis la mort du dernier jésuite en 1800, c’est la Commission des biens des Jésuites qui administre le moulin. Les meuniers se plaignent de l’inaction de cet organisme. Certains demandent même de résilier leur bail, vu le mauvais état du moulin. D’autres changent carrément de moulin. Devant ces départs, la Commission des biens des Jésuites réagit. En 1821, par exemple, le système d’eau, le mécanisme et le bâtiment sont rénovés. Puis, en 1837, on change la paire de meules.
L’expression apporter de l’eau au moulin signifie « procurer des avantages à quelqu’un, lui donner involontairement des arguments dans une discussion ». À l’origine, l’expression est aussi associée à un profit. Le meunier qui a de l’eau à son moulin peut en effet travailler et s’enrichir.
Habituellement, les meuniers vont d'un moulin à l'autre. Si un meunier meurt, veuve et enfants doivent laisser la place au meunier suivant et à sa famille. Fait particulier, la famille Déry est demeurée pendant près de 80 ans au moulin des Jésuites, soit de 1764 à 1821. Au décès de Louis Déry en 1808, sa veuve et ses onze enfants ont voulu rester au moulin. Le frère de Louis, prénommé Jean, prend alors en charge le moulin, ce qui permettra à la famille de continuer d'habiter les lieux.