Ici, des fenêtres à battants ou des lucarnes ; là, un toit mansardé. Si vous jetez un coup d’œil aux maisons du Trait-Carré, vous constaterez une grande diversité de styles. Ces habitations témoignent de l’évolution de l’architecture domestique au Québec. Au fil du temps, elles se sont adaptées au milieu tout en subissant l’influence des courants architecturaux. Une constante demeure toutefois : la majorité des habitations sont en bois, en raison de la disponibilité et de l’abondance de cette ressource. Pleins feux sur les maisons du Trait-Carré!
La maison d’inspiration française reflète le savoir-faire des premiers colons. Presque construite à la hauteur du sol, elle ne possède pas de sous-sol. Son toit à deux versants droits est haut, à pente raide et imposant par rapport à la maison. Cette habitation compte une ou deux imposantes cheminées en pierre qui révèlent la présence de foyers, sources de chauffage durant l’hiver.
Et les ouvertures? Cette maison est pourvue de fenêtres à battants à petits carreaux. À l’époque, les techniques de fabrication du verre sont peu évoluées et ne permettent pas de confectionner de grandes vitres. Les fenêtres sont disposées de façon asymétrique, selon les besoins en fait de chauffage et d’éclairage. Habituellement, on compte plus de fenêtres au sud pour faire pénétrer la chaleur du soleil à l’intérieur. La maison Éphraïm-Bédard et le moulin des Jésuites correspondent à ce style d’inspiration française.
Avec le temps, les styles architecturaux évoluent au Trait-Carré. Certaines habitations, comme la maison Pierre-Lefebvre, illustrent la transition entre l’architecture d’inspiration française et la maison traditionnelle québécoise. À quoi ressemble le style traditionnel québécois?
Le corps de logis est surélevé, ce qui permet d’aménager un sous-sol pour y entreposer les denrées. La pente du toit s’adoucit et les extrémités sont prolongées par des larmiers. Une galerie, protégée par le larmier, fait toute la largeur de la façade. De plus, la toiture compte des lucarnes, grâce auxquelles on peut éclairer les combles et faire des chambres à l’étage.
Certains éléments décoratifs apparaissent, notamment autour des ouvertures. La porte est centrée en façade et les fenêtres sont disposées symétriquement. Ces dernières sont maintenant à grands carreaux, car les techniques de fabrication du verre ont évolué. Autre trait caractéristique : cette maison présente une cuisine d’été. Cette petite pièce attenante permet de préparer les aliments durant la belle saison sans surchauffer l’espace de vie principal. L’hiver, on y conserve les aliments au frais.
Ainsi, la maison traditionnelle québécoise répond aux contraintes du climat et s’avère plus fonctionnelle et coquette. Des exemples de ce style? Voyez les maisons Magella-Paradis, Duhault, et Paul-Pichette.
La caractéristique principale du style Second Empire est le toit mansardé qui permet de dégager plus d’espace sous les combles. Ces maisons ont aussi des lucarnes et un sous-sol en pierre. Elles présentent également plusieurs éléments décoratifs : des piliers, des corniches imposantes décorées de consoles, de modillons ou de denticules, des ouvertures en anse de panier... Plus le bâtiment est important, plus le décor est soigné.
Plusieurs maisons du Trait-Carré tournent le dos aux chemins publics. Elles sont construites face au sud pour profiter du maximum d’ensoleillement. Il est donc plus important de réchauffer l’intérieur des maisons que d’accéder directement à un chemin.
« Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es. » Par leur allure, les maisons du Trait-Carré révèlent le statut social de leurs occupants.
La maison Grondin-Beaudet, par exemple, témoigne d’un rang social élevé. Deux médecins ont occupé successivement cette habitation bourgeoise pourvue de lucarnes en anse de panier et de nombreux éléments décoratifs en bois.
De style traditionnel québécois, la maison Louis-Gérard-Cloutier, quant à elle, a abrité neuf générations de cultivateurs. Derrière, les bâtiments secondaires comme la grange-étable et la laiterie rappellent le passé agricole du Trait-Carré.
D’autres habitations sont associées aux commerçants et aux artisans. La maison Hector-Verret a abrité un magasin général, une boulangerie, un bureau de poste de même qu’un commerce de graines et de miel. La maison Pageau a été construite au XIXe siècle par Georges Roy, forgeron. Elle a ensuite été habitée par les membres de la famille Pageau, cordonniers de père en fils. Aujourd’hui, la maison loge toujours la cordonnerie Pageau.
Au Trait-Carré, une même maison peut afficher plusieurs styles, résultat d’ajouts faits à différentes époques.
C’est le cas notamment de la maison Bédard-Doucinet. La disposition asymétrique des ouvertures rappelle les maisons d’inspiration française, tandis que la galerie aménagée sur toute la largeur de la façade évoque la maison traditionnelle québécoise. Enfin, le toit témoigne de l’architecture de style Second Empire.