Imaginez-vous, vers 1660, en train de survoler la colonie. Que voyez-vous? Des habitations réparties ici et là sur un vaste territoire. Toutefois, en 1663, le décret du roi Louis XIV va changer les choses. Bientôt, des bourgs et des bourgades vont faire leur apparition, dont le Trait-Carré. Suivez le fil de l’histoire qui a mené à la création et au développement de ce village en étoile.
L’histoire du Trait-Carré commence en 1663. Le roi de France, Louis XIV, regarde l’état de sa colonie, la Nouvelle-France. Le décor a bien changé depuis que Champlain a fondé Québec en 1608 pour y établir un comptoir de traite des fourrures. Une cinquantaine d’années plus tard, la ville est devenue un centre administratif, judiciaire, commercial et religieux. À la périphérie, des seigneuries ont été concédées ici et là. Cependant, en général, le territoire est peu peuplé et les habitants sont très éloignés les uns des autres.
Le roi décide donc d’agir. En 1663, il rend un décret qui oblige les habitants à se regrouper en bourgs et bourgades. Cette mesure a pour objet de contrer le système de rangs qui règne à l’époque. Cependant, ce système ne favorise pas la création de noyaux communautaires. De plus, il ne protège pas les habitants de la Nouvelle-France des attaques iroquoises.
La fondation du Trait-Carré de Charlesbourg est attribuable aux Jésuites. Cet ordre religieux est créé en 1540 en France. Se spécialisant dans l’éducation, les Jésuites organisent des missions un peu partout dans le monde. En Amérique du Nord, ils s’intéressent à l’évangélisation des Amérindiens. Arrivés à Québec en 1625, ils reçoivent en concession, l’année suivante, la seigneurie Notre-Dame-des-Anges. Ils font d’abord construire une habitation, à l’emplacement actuel du parc Cartier-Brébeuf. Puis ils distribuent des terres le long du fleuve.
De 1666 à 1674, la population du Trait-Carré est suffisamment importante pour justifier la construction d’une chapelle en bois recouverte de paille. La petite communauté est d’abord desservie par une série de prêtres itinérants. Cependant, en 1690, le curé Alexandre Doucet s’installe en permanence au Trait-Carré.
Bientôt, il devient nécessaire de construire une nouvelle église pour accueillir les fidèles de plus en plus nombreux. Ce besoin coïncide avec la création de la paroisse Saint-Charles-Borromée en 1693. On entreprend donc la construction d’une église paroissiale en pierre en 1695.
Au fil du temps, le Trait-Carré s’impose comme un des garde-manger de Québec. C’est là que les gens des environs font leurs provisions. Vers 1740, on y construit un moulin à eau pour permettre aux nombreux cultivateurs de Charlesbourg de venir y moudre leur grain. En effet, le moulin à vent déjà existant au nord du territoire ne peut plus répondre à la demande croissante. Le noyau villageois s’impose de plus en plus. Au moment de la Conquête, en 1759-1760, de nombreux habitants de l’île d’Orléans, de Québec et des environs se réfugient d’ailleurs à Charlesbourg pour se protéger de l’ennemi anglais. À cette époque, on dénombre une quarantaine de bâtiments dans le village. C’est cependant au XIXe siècle que le développement du Trait-Carré s’accélère.
Louis XIV est nommé roi de France à l’âge de 5 ans. Surnommé le « Roi-Soleil », il règne durant 72 ans sur son pays et contribue au développement des colonies.
Les historiens ont longtemps attribué la fondation du Trait-Carré à l’intendant Jean Talon. En réponse au décret de 1663, ce dernier mentionne en effet au roi qu’il prévoit implanter des villages ronds ou carrés. On lui attribue ainsi l’idée des villages en étoile, dont le Trait-Carré. Toutefois, cette hypothèse est fausse. Les Jésuites ont concédé les terres du Trait-Carré six mois avant l’arrivée de Talon en Nouvelle-France. C’est donc à cette communauté religieuse que revient l’idée originale de créer un village en étoile.
En réponse à la volonté du roi, les Jésuites font, en 1665, la première tentative de colonisation à l’intérieur des terres. Celle-ci va mener à la création d’un village qui s’appellera « Charlesbourg » ou « Trait-Carré ». À 5 kilomètres à l’intérieur des terres de leur seigneurie, les Jésuites concèdent ainsi une trentaine de terres en l’espace d’une semaine.
La plupart des colons qui héritent d’une terre au Trait-Carré sont arrivés depuis au moins trois ans au pays. Partis de France, ils ont effectué la traversée entassés sur des bateaux où la vie se révélait difficile : manque d’eau et de nourriture, conditions d’hygiène exécrables, maladies... Arrivés en Nouvelle-France, ils doivent défricher leur terre et y construire une habitation pour permettre à leur famille, restée en France, de venir les rejoindre.