Construire des prisons

Photo de la prison de Trois-Rivières 104 Ko

En 1805, la Chambre d’assemblée du Bas-Canada donne le feu vert à la construction de nouvelles prisons à Québec et à Montréal. Trois-Rivières obtiendra pareille loi en 1811.

Ces établissements sont construits selon la nouvelle philosophie de l’emprisonnement comme moyen de punir et de réhabiliter les contrevenants. D’autres villes canadiennes se dotent aussi de prisons à partir des années 1820. C’est la naissance d’un réseau carcéral répressif, qui sera en vigueur jusque dans les années 1950. De nouveaux modèles, basés davantage sur la réinsertion sociale des détenus, seront alors mis en application peu à peu.

François Baillairgé

Photo du plan de la prison de Québec 128 Ko

L’architecte François Baillairgé (1759-1830) a dessiné les plans des nouvelles prisons de Québec et de Trois-Rivières. Formé en sculpture, en menuiserie et en architecture auprès de son père Jean Baillairgé, François a suivi des cours à l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris, un fait rare pour un artiste canadien à cette époque.

Avec son ami, le juge et éducateur Joseph-François Perrault, il s’intéresse aux théories pénitentiaires modernes et s’en inspire dans ses projets d’architecture carcérale. Dans les prisons de Québec et de Trois-Rivières, il introduit des innovations : des cellules individuelles et des ailes d’emprisonnement séparées, pour classifier les détenus selon leur sexe et selon leur crime.

Une architecture austère

Photo de la prison de Trois-Rivières 108 Ko
Photo du Morrin Centre 108 Ko

Parmi les édifices publics, la prison se démarque. C’est un bâtiment imposant entouré d’un mur et présentant des fenêtres obstruées par des barreaux ou des grillages. Le style architectural ajoute à cette impression d’austérité. Les prisons de Québec (1809) et de Trois-Rivières (1822), conçues par l’architecte François Baillairgé, sont très sobrement ornementées. La façade symétrique aux lignes classiques est composée de formes géométriques et se termine par un fronton triangulaire. On retrouvera cette architecture néo-classique d’inspiration palladienne à la prison de Montréal également.

La prison de Québec

Photo de la prison des Plaines 72 Ko
Image de la prison de la rue Saint-Stanislas 92 Ko

Cette prison, construite entre 1808 et 1813 d’après les plans de l’architecte François Baillairgé, est inaugurée en 1809. Il s’agit de la première prison canadienne dont l’aménagement reflète les changements apportés par la réforme carcérale en cours. En effet, même si les salles communes sont en majorité, l’architecte a prévu quelques cellules individuelles. On peut y pratiquer une classification sommaire des prisonniers selon leur sexe et le type de crime qu’ils ont commis.

Toutefois, cette prison devient rapidement désuète et surpeuplée. On construit alors un nouvel établissement sur les Plaines d’Abraham, qui accueillera les détenus de 1867 à 1970. L’édifice de la vieille prison sera d’abord occupé par le Morrin College, puis par la Literary and Historical Society of Quebec, de 1824 à aujourd'hui.

La prison de Trois-Rivières

Photo de la prison de Trois-Rivières 116 Ko
Photo de la porte de la prison de Trois-Rivières 56 Ko

En 1806, les Trifluviens réclament à la Chambre d’assemblée une loi pour la construction d’une prison sûre et salubre dans leur ville, qu’ils obtiendront en 1811. La société de l’époque établit en effet un lien entre saleté et criminalité. Elle veut se protéger d’éventuelles contaminations - physiques et morales - propagées par les prisonniers.

La prison est construite entre 1816 et 1822 selon les plans de l’architecte François Baillairgé. Elle sera en opération jusqu’en 1986, alors qu’elle était devenue la plus vieille prison encore en activité au Canada. Classée monument historique en 1978, elle fait maintenant partie du Musée québécois de culture populaire, qui y offre des visites commentées animées par d’anciens détenus.

La prison de Montréal

Image la prison de Montréal 64 Ko
Image la prison de Montréal 84 Ko

Une prison est construite au Champ-de-Mars à Montréal entre 1808 et 1811, sur le site d’une ancienne maison d’arrêt datant de 1768. Rapidement, le bâtiment devient exigü. L’architecte George Blaiklock est chargé de dresser les plans d’une nouvelle prison dès 1825. La prison du Pied-du-Courant sera construite entre 1832 et 1836.

Cette nouvelle prison reprend le modèle des cellules individuelles pour l’enfermement des détenus. Elle comprend aussi plusieurs cellules doubles et des salles communes de jour. Elle passe à l’histoire en 1837-1838 alors qu’un grand nombre de Patriotes y sont enfermés et pendus, suite à leur rébellion contre les Anglais. Comme plusieurs établissements carcéraux du 19e siècle, cette prison ne pourra pleinement mettre en place la réforme prônée par le Britannique John Howard, puisqu’elle deviendra rapidement surpeuplée et vétuste. Depuis 2003, le centre d’exposition La-Prison-des-Patriotes y fait revivre l’histoire du bâtiment, classé site historique en 1978.

Le pénitencier de Kingston

Image du pénitencier de Kingston, Ontario, vers 1910 80 Ko
Photo du pénitencier de Kingston 108 Ko
Image du plan du pénitencier de Kingston 80 Ko

Inauguré en 1835, le pénitencier de Kingston est toujours en activité. Son architecture s’inspire du modèle de la prison d’Auburn (États-Unis). Entouré d’un mur imposant, il se distingue dès le départ par son impressionnant portique d’entrée en forme d’arc de triomphe, ses pavillons en forme de croix et la rotonde qui relie les différents blocs cellulaires.

Le pénitencier, qui peut accueillir 880 prisonniers lors de sa construction, comprend des séries de cellules de 2 m sur 0,6 m en longues rangées superposées de cinq étages de haut. De grands ateliers permettent aux détenus de participer à des programmes de travail. Des femmes sont aussi incarcérées à Kingston dans une aile séparée dès l’ouverture. Une prison fédérale sera construite pour elles à proximité du pénitencier en 1934, et fermée en 2000.