Je me souviens de certaines manifestations
d'antisémitisme pendant mon enfance, d'habitude sous forme d'insultes, de batailles ou de poursuites par les autres enfants. Ils avaient sans doute appris cela chez eux car personne ne naît avec ce genre de comportement c'est enseigné. On considérait ces incidents comme quelque chose de naturel.
Ce n'est que vers la fin de la guerre que les Juifs hongrois ont commencé à être déportés, mais la vie est devenue de plus en plus difficile dès la fin des années 30 et au début des années 40. Au début, on ne savait pas ce qui se passait dans les autres pays. Mais à partir de 1939, on a commencé à voir des Juifs polonais passer par notre ville avec leurs valises et leurs paquets. Je ne faisais pas très attention à la raison pour laquelle ils fuyaient. Je ne me souviens pas que mes parents aient jamais parlé de quitter la Hongrie. Je sais que nous avions des membres de notre famille aux États-Unis et qu'ils gardaient le contact avec eux. Mon père n'a jamais vraiment évoqué l'idée de partir. La vie était encore supportable et confortable. La Hongrie a été un des derniers pays où rien de vraiment terrible n'était encore arrivé aux Juifs.