Après la guerre, j'ai attrapé le typhus, une de ces maladies terribles de temps de guerre, transmissibles surtout par les poux. J'ai commencé à perdre mes cheveux par poignées et il a fallu me raser la tête. Mon humiliation fut totale: tout le monde savait qu'on avait rasé la tête des femmes qui avaient collaboré avec
les Nazis quand on les avait attrapées.
J'ai fini dans un camp de personnes déplacées avec Bronka. Un jour, alors que j'allais suivre un cours, j'ai remarqué des gens en rangs et des Américaines en uniforme. Je me suis mise dans la queue juste pour savoir ce qui se passait. Quand mon tour est arrivé, ils m'ont demandé si j'étais seule, c'est à dire orpheline, et j'ai répondu "Oui". Ils m'ont demandé si je voulais partir au Venezuela et j'ai dit "Non". Ça me paraissait vraiment trop loin. Ils m'ont demandé si je voulais aller aux Pays-Bas, et j'ai répondu "Non" parce tant de Juifs avaient été déportés des Pays-Bas et avaient trouvé la mort. Je ne voulais pas aller aux États-Unis car je faisais l'association avec Al Capone et les gangsters. Quand on m'a demandé si je voulais aller au Canada, j'ai immédiatement répondu par l'affirmative parce que j'avais lu beaucoup de livres sur le Canada. J'ai toujours beaucoup lu, avant la guerre et même dans le ghetto où je me rappelle avoir échangé des livres J'en avais tiré la conclusion que le Canada était le pays de la nature sauvage et de l'Arctique.
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