Pendant des centaines de générations, les membres des Premières nations du Yukon ont parcouru le paysage et tissé leur histoire au coeur de ce territoire. De cette terre, ils ont créé des cultures qui ont résisté au passage des millénaires et aux bouleversements jusqu’à ce que le Yukon ouvre ses portes au monde vers la fin du 18e siècle.


Aujourd’hui, les Premières nations du Yukon ont recommencé à s’épanouir au sein d’un monde nouveau. Tout en s’efforçant de protéger leurs langues et leurs traditions, elles vont de l’avant et bâtissent une nouvelle histoire, sur une terre nouvelle.


Langues et communautés autochtones du Yukon
Langues et communautés autochtones du Yukon
© Centre des langues autochtones du Yukon

Il existe quatorze Premières nations au Yukon et huit groupes linguistiques issus de deux familles linguistiques, l’athapaskan et le tlingit. Parmi ces groupes linguistiques, la plupart des Premières nations du Yukon s’identifient à l’un des dialectes suivants : le tutchone du Nord, le tutchone du Sud, le gwitchen, le han, le haut tanana, le tagish, le kaska et le tlingit de l’intérieur.

Sur une période de plusieurs milliers d’années, les Autochtones du Yukon ont donné naissance aux traditions, aux cultures, aux langues et aux récits auxquels les Premières nations du Yukon s’identifient aujourd’hui. Aujourd'hui, ces Premières nations sont : la Première nation de White River, la Première nation de Kluane, les Premières nations de Champagne et de Aishihik, la Première nation des Kwanlin Dun, le Conseil des Ta’an Kwachan, la Première nation de Carcross/Tagish, la Première nation de Selkirk, la Première nation Little Salmon/Carmacks, le Conseil des Tlingits de Teslin, la Première nation des Tr’ondek Hwech’in, la Première nation des Vuntut Gwichin, la Première nation des Nacho Nyak Dun et le Conseil Dena de Ross River.


Premières nations du Parc national et réserve de parc national Kluane

Le Parc national de Kluane s’étend sur 21 980 kilomètres carrés dans la partie sud-ouest du territoire du Yukon. Il chevauche les territoires traditionnels de la Première nation de Kluane et les Premières nations Champagne et Aishihik. Au cours des dernières années, depuis la ratification des ententes définitives et des ententes d’autonomie gouvernementale par les Premières nations Champagne et Aishihik et par la Première nation de Kluane, ces dernières ont commencé à rétablir et à redécouvrir leurs liens avec le parc.

Moose Johnson et A Si Keyi en arrière-plan.
Moose Johnson
Photo © Collection Elmer Harp

La réserve de parc national Kluane abrite les plus grands champs glaciaires non polaires au monde, de vastes vallées verdoyantes, des lacs glaciaires, du gros gibier, de même que le plus haut sommet au Canada, le mont Logan. Cette immense montagne est située dans la région de Tachal du territoire traditionnel de la Première nation de Kluane ou « A Si Keyi » (le « pays des grands-pères » en tutchone du Sud). La majorité des membres de la Première nation de Kluane sont d’ascendance tutchone du Sud, toutefois, nombre d’entre eux comptent des ancêtres Tlingits et Tutchones du Nord. De nos jours, le tutchone du Sud est la langue autochtone prédominante de la région; c’est aussi celle qui est enseignée aux enfants des communautés de la région de Kluane.

 

Jimmy (Cooper) Joe et un grizzli
Jimmy (Cooper) Joe et un grizzli
Photo © Collection Josie Sias
Lu’an Mun Ku Dan
Pendant des siècles, la Première nation du lac Kluane, ou les « Lu’an Mun Ku Dan », et les Premières nations Champagne et Aishihik ont vécu sur leurs territoires traditionnels où ils chassaient, pêchaient, faisaient du piégeage et suivaient les déplacements du gros gibier. Les membres de ces Premières nations étaient traditionnellement des nomades, mais aussi des commerçants accomplis qui servaient d’intermédiaires entre les Tlingits de l’intérieur, les Tlingits de la côte et les Premières nations de l’intérieur.

Le mode de vie nomade des Tutchones du Sud est demeuré largement inchangé au cours du dernier millénaire. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que des changements sociaux et environnementaux radicaux ont amené les Autochtones des régions de Lu’an Mun et de Champagne et Aishihik à changer à jamais leur mode de vie. Pendant les années qui ont suivi la ruée vers l’or de 1898, un flot lent, mais constant de chercheurs d’or, d’entrepreneurs et de pionniers a commencé à déferler sur la région.


Entrer en contact, apporter le changement

Lu'an Mun Dun (membres de la nation Kluane) devant l'ancienne auberge Kluane Inn, à Burwash Landing
Lu'an Mun Dun (membres de la nation Kluane)
Photo © Collection Elmer Harp

C’est pendant cette période que les Premières nations de la région ont commencé à s’installer dans des lieux fixes, comme Burwash Landing, sur la Rive-Nord du lac Kluane. L’appât de gains pécuniaires stables a amené plusieurs Autochtones, non seulement dans la région de Kluane, mais dans toutes les autres parties du Yukon, à abandonner leur mode de vie nomade.


Bouchon de circulation lors de la construction de la route de l'Alaska
Bouchon de circulation
Photo © Collection Elmer Harp
Un chemin tortueux

En 1942, l’armée américaine a construit la route de l’Alaska, reliant ainsi les 48 autres États du territoire continental des États-Unis à l’Alaska. La route traversait le territoire traditionnel de la Première nation Lu’an Mun et les Premières nations Champagne et Aishihik de même que Haines Junction et Burwash Landing. En raison de son ampleur, l’impact de la construction de la route sur les gens de la région était impossible à déterminer d’avance. La route n’a pas seulement amené un nombre sans précédent de nouveaux arrivants, mais elle a également apporté la maladie en plus d’ouvrir la région à une circulation constante. Au cours des années qui ont suivi, une majorité de la population autochtone de la région de Kluane a péri à cause des maladies et des épidémies qui sont apparues après la construction de la route.

Entrée interdite : Sanctuaire

Panneau de la GRC à Burwash Landing.
Panneau de la GRC à Burwash Landing
Photo © Collection Josie Sias
L’un des plus importants changements auxquels les Tutchones du Sud de la région de Kluane ont eu à faire face a été la création du sanctuaire faunique de Kluane en 1943, dont la majeure partie est devenue le parc national de Kluane en 1972. Aujourd’hui, le sanctuaire faunique de Kluane est dispersé dans certaines zones du parc national de Kluane, le long de la route de l’Alaska et le long d’une partie de la route de Haines. Un des principaux objectifs de la création du sanctuaire faunique était de créer une zone d’interdiction de chasse pour contrer la chasse excessive pratiquée dans la région par les militaires et les cantonniers pendant la construction de la route de l’Alaska.

À l’époque, on ne comprenait pas l’effet qu’aurait la création du sanctuaire sur les Premières nations de la région, car les terres en question constituaient le territoire traditionnel de la Première nation Lu’an Mun et des Premières nations Champagne et Aishihik. La Première nation de Kluane s’est pratiquement vu interdire l’accès au territoire et est demeurée de l’autre côté de la route pendant les cinquante années qui ont suivi. Ce n’est que récemment que les liens avec ces terres dans le parc national de Kluane ont été rétablis et que la Première nation de Kluane et les Premières nations Champagne et Aishihik sont devenues conjointement responsables de la gestion du parc.