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L'accordéon
par Rach

l'accordéon
fiche technique
Accordéon
Allemagne
- Gebr : Ludwig'
vers 1906
Musée acadien
de l'Université de Moncton,
Canada

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Le pouvoir de l'accordéon

Comme beaucoup d'Acadiens et d'Acadiennes, la musique a toujours occupé une place importante dans ma vie, et ce depuis ma tendre enfance. Pour nous, la musique est non seulement une façon de s'exprimer mais elle représente aussi les vestiges du passé, nous rappelant sans cesse le chemin parcouru depuis la déportation.

Par un beau 15 août ensoleillé, fête des Acadiens, toute ma famille était réunie chez mes grands-parents pour célébrer cette magnifique journée. Assise dans un coin, j'écoutais d'une oreille distraite les conversations autour de moi lorsqu'un de mes oncles se leva et proposa de jouer quelques morceaux sur son accordéon. Mon oncle se pencha donc pour prendre son instrument et le sortit de sa boîte aussi délicatement que s'il tenait un bébé. Il se mit à jouer quelques notes, histoire de se réchauffer un peu, lorsque soudain une vision s'offrit à moi. Je n'étais plus chez mes grands-parents, j'étais devenue la spectatrice muette d'un drame s'étant produit il y a plus de deux cents ans. Devant moi se déroulait la scène qu'on nous avait expliquée à l'école, mais ô combien plus déchirante que tout ce qu'on avait pu nous dire! La mer à perte de vue, le rivage rempli d'hommes, de femmes et d'enfants pleurant devant leur impuissance. Partout, des soldats en uniforme se promenaient, parlant une langue que nul ne comprenait. Au large, des bateaux avec pour seule cargaison des Acadiens en pleurs, déchirés, séparés de leur famille. Puis, au beau milieu de cette scène, assise sur un rocher, une petite fille de 11 ans assiste impuissante à ce drame.

Dans la tête de Gertrude Landry, un seul mot : Pourquoi ? Pourquoi leur faire ça à eux, peuple innocent qui n'avait jamais voulu faire de mal ? Dans sa tête de petite fille, Gertrude essayait de trouver un moyen d'apaiser les gens. Elle décida donc de jouer de son accordéon. Depuis que sa grand-mère le lui avait offert pour son neuvième anniversaire, elle ne s'en séparait plus. Malgré un très bon entretien, les touches des deux claviers étaient très usées, conséquence de leurs nombreuses utilisations. Cependant, l'instrument était encore en très bon état et produisait le même son doux qu'auparavant. Gertrude se mit donc à jouer, jouer, jouer sans arrêter. Devant moi, le paysage se transforma. Les enfants se calmèrent, les femmes séchèrent leurs larmes et les hommes reprirent courage. Tout comme Gertrude, je pris conscience du pouvoir de l'accordéon, un pouvoir de rêves et d'espoir. Gertrude, quant à elle, continua de jouer, jouer, jouer...

Aussi soudainement qu'elle était apparue, la vision s'estompa sous mes yeux. Ce qui m'avais paru des heures n'avait en fait duré que quelques secondes, puisque mon oncle venait à peine de commencer à jouer. Tout comme ces gens sur le rivage, je me sentais pleine de force et de courage, assez pour déplacer les montagnes. Tous les savants de la terre peuvent sans doute me donner une explication scientifique pour expliquer les événements, mais ce n'est pas nécessaire. Je préfère croire en ma propre théorie : si j'ai pu être témoin de cette scène, c'est grâce au pouvoir de l'accordéon, bien sûr.


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