La P.C.N.-O. dans le Nord

Gendarmes auxiliaires et soutien des autochtones

Bien que la vie des gendarmes ait été aventureuse, elle était également dangereuse. Munis d’un équipement sommaire et éloignés de toute aide, les gendarmes, avec l’aide des Premières nations locales, ont exploré, protégé et développé le Nord. Les premiers gendarmes faisaient confiance aux connaissances et à la générosité des autochtones pour survivre au climat rigoureux dans les régions isolées où ils étaient affectés.

Les membres des Premières nations étaient indispensables à la police, pour laquelle ils tenaient le rôle de guides, d’interprètes, de chasseurs, de tailleurs et de conducteurs d’attelages de chiens. Plusieurs ont été désignés « gendarmes auxiliaires » pour leur participation à titre de guides et d’aides lors de nombreuses patrouilles de gendarmes. Sans le secours de cette connaissance locale, ces patrouilles étaient en sérieux danger, comme le confirme la fin tragique de la patrouille perdue.

Derrière chacun des hauts faits des gendarmes au Yukon se trouve un guide autochtone ou un gendarme auxiliaire. L’image héroïque des gendarmes dans le Nord, est, à un certain degré, méritée : ces hommes vivaient dans les postes les plus isolés et patrouillaient des centaines de kilomètres sur le terrain le plus difficile et impardonnable dans des conditions des plus dangereuses. Cela exigeait un courage exceptionnel, une résistance et une endurance physique et mentale dépassant la norme.

Supporter la vie dans le Nord exigeait quelque chose que les gendarmes ne possédaient pas : une connaissance innée du territoire, du gibier local et du paysage et de la façon de voyager sur de longues distances dans toutes les conditions d’enneigement. Certaines de ces connaissances ont été graduellement acquises par les gendarmes, mais cela ne pouvait jamais égaler les connaissances et expériences de leurs guides autochtones et gendarmes auxiliaires.

Quand la Police à cheval du Nord-Ouest est arrivée au Yukon, elle a amené avec elle des guides autochtones et des gendarmes auxiliaires comme conducteurs d’attelages de chiens. Quand un détachement de la P.C.N.-O. a été établi à Dawson, la police a commencé à engager des hommes autochtones locaux pour les guider dans le territoire et offrir du soutien aux détachements. Cette pratique a continué pendant des années.

En plus d’offrir des services essentiels de guide, les gens des Premières nations du Yukon ont aidé la P.C.N.-O. à titre non officiel mais tout aussi indispensable. Les autochtones ont aussi fourni aux gendarmes des vêtements adéquats pour survivre aux hivers yukonnais, y compris des parkas, des mukluks et des raquettes appropriées pour se déplacer dans la neige épaisse. Les cabanes des trappeurs autochtones sont devenues des sites pour les caches de la police et des escales durant les patrouilles. Les chasseurs autochtones offraient souvent aux patrouilles de police des provisions fortuites et impromptues de gibier, qui ont souvent sauvé les gendarmes et leurs chiens de la famine.

L’un des hommes cris qui a quitté les Prairies pour devenir un conducteur d’attelages de chiens au Yukon allait devenir l’un des gendarmes auxiliaires, guides et citoyens le plus respecté du Nord. Le gendarme auxiliaire Louis Cardinal a guidé les patrouilles nordiques et s’est finalement établi à Fort McPherson. Il a fait partie de la garde de la Police à cheval du Nord-Ouest au col Chilkoot quand on a cru que Soapy Smith et sa bande allaient traverser en territoire canadien. Il a été le guide dans deux des premières patrouilles entre Dawson et McPherson et a voyagé avec le caporal Somers en 1912 entre Fort McPherson et l’île Herschel pour transmettre la nouvelle sur le sort de la patrouille perdu. Tous les habitants du Nord avaient beaucoup d’estime pour M. Cardinal. Lorsqu’il a assisté aux célébrations du centenaire à Dawson en 1961, il a été fait membre des Pionniers du Yukon. Selon le Whitehorse Star, Louis Cardinal « était considéré comme un excellent raconteur, un homme tranquille mais très respecté ». M. Cardinal est mort à Inuvik en 1971, à l’âge de 94 ans. [1]

La tragédie de la patrouille perdue a mis en évidence que la participation d’un guide autochtone était essentielle et non pas optionnelle. L’inopportun licenciement du guide autochtone, Esau George, par l’inspecteur Fitzgerald, est considéré comme l’une des principales raisons à cause desquelles la patrouille de Fitzgerald s’est perdue. Ce fait n’a pas été ignoré par la P.C.N.-O., et les patrouilles suivantes ont toujours été guidées par des autochtones. Le sergent WJD « Jack » Dempster a retenu les services de Charles Stewart pour guider la patrouille partie à la recherche de l’équipe de Fitzgerald. Au fil des années, les patrouilles entre Dawson et McPherson ont reçu l’aide de plusieurs gendarmes auxiliaires, guides et traceurs de sentiers autochtones compétents, dont Richard Martin, Stephen Bonnetplume, Sam Smith, William McDonald, John Martin, Charlie Rivers, Andrew Kunnizzi, Jacob Njootli, Alfred Bonnetplume, Peter Alexie, James Simon, Jack Husky, Peter Semple, John Smith, Peter Benjamin, Alfred Kendi, Andrew Steward et John Semple.[2] 

La famille Martin a fourni à la GRC des générations de guides et de gendarmes auxiliaires. Richard Martin a guidé la première patrouille entre Dawson et McPherson; son frère John a suivi sa trace et il est l’homme gwitchin qui a guidé le plus grand nombre de ces patrouilles ardues. [3] Une photographie de Claude Tidd montre John Martin faisant partie de la patrouille Dawson-McPherson en 1917. John a finalement été ordonné diacre de l’Église anglicane et, quand Claude Tidd a pris sa photo en 1930, il l’a décrit comme un « missionnaire autochtone conducteur d’attelages de chiens ». (Photo de Tidd 7387). Robert, le fils de John, est devenu gendarme auxiliaire et a travaillé à Ross River dans les années 1930. [4]

Il existe beaucoup plus d’histoires de gendarmes mettant en vedette des autochtones du Yukon. Le gendarme auxiliaire Stick Sam, de Dalton Post, est mort en service en 1903, quand il s’est noyé en essayant de traverser la rivière Kuskawalsh, laissant derrière lui une femme et un enfant. Le gendarme auxiliaire John Moses a aidé le gendarme Sid May à retrouver le trappeur fou. Andrew Kunizzi, 78 ans, a agi à titre de guide principal dans la reconstitution de la patrouille de Dawson qu’il a menée pour la première fois en 1914. Peter Benjamin, de Old Crow, a fait partie de la dernière patrouille en traîneaux à chiens en 1969 et a été le seul gendarme auxiliaire autochtone du Yukon à recevoir une Médaille d'ancienneté de la Gendarmerie royale du Canada. [5] Inuk Roland Sarauq a guidé Francis Fitzgerald à l’île Herschel et a travaillé avec plusieurs autres gendarmes sur l’île au cours des ans. [6] Dans ses mémoires sur son travail au sein de la force, Arthur B. Thornthwaite comble d’éloges les gendarmes auxiliaires Thomas Njootli et John Moses.

La contribution des guides autochtones, des gendarmes auxiliaires et des membres des collectivités autochtones dépassait l’accompagnement en patrouilles. Le gendarme auxiliaire Sam Smith, de Moosehide, siégeait également à titre de conseiller avec la Première nation et, dans ces deux capacités, a été un lien efficace avec la police. Alfred Hunter a joué un rôle semblable à Mayo durant les années 1920 et 1930. [7]

Dans leur rôle « d’agents de liaison communautaire » et d’interprètes, Sam Smith et Alfred Hunter ont été les précurseurs de générations futures de gendarmes auxiliaires autochtones au Yukon. Avec les villages yukonnais qui sont devenus plus centralisés en collectivités, et les attelages de chiens qui ont été remplacés par d’autres formes de patrouilles, le rôle des gendarmes auxiliaires s’est modifié : de guides, conducteurs d’attelages de chiens, chasseurs et traceurs de sentiers, ils sont devenus interprètes et finalement enquêteurs dans le domaine de l’application de la loi. À la fin des années 1960 et dans les années 1970 et 1980, la GRC a activement recruté des gendarmes auxiliaires autochtones dans toutes les collectivités du Yukon. Le programme a été supprimé peu à peu dans les années 1990 et les gendarmes auxiliaires ont reçu une formation supplémentaire à Regina et sont retournés au Yukon avec le titre de gendarmes à part entière de la Gendarmerie royale du Canada.

[1] The Whitehorse Star, le jeudi 23 septembre 1971, p. 23
[2] Dick North, The Lost Patrol, pp. 139-141.
[3] Archives du Yukon, exposition sur les gendarmes auxiliaires, panneau 8-3.
[4] Helene Dobrowolsky, Law of the Yukon: A Pictorial History of the Mounted Police in the Yukon, p. 89.
[5] Archives du Yukon, exposition sur les gendarmes auxiliaires, panneau 17-8
[6] Ibid, panneau 5-8
[7] Ibid, panneau 13-3