Bob Boyer : Le travail d'une vie
Vignettes :
La peinture sur couverture : Essor de la carrière artistique de Boyer
Transcription
[Photos de peintures sur couvertures, vue du paysage des Prairies, détail de la couverture «Self-Portrait as Twins»]
Narrateur: On se souvient de Bob Boyer à cause de son utilisation originale de couvertures comme médium pour son oeuvre, bien que, selon Ann, ce ne soit pas une raison artistique qui en soit à l’origine.
Ann Boyer: Bien des gens connaissent Bob - Bob l’artiste, et ce n’est pas le Bob que je connais. Bien des gens vont regarder son art et dire : «Oh c’était une oeuvre charnière dans ta carrière, Bob, cette pièce dont le titre m’échappe». Et moi je dis : «Non, en fait, le point tournant dans sa carrière, c’est lorsqu’il s’est rendu compte qu’il ne pouvait couper un angle à 45 degrés même si sa vie en dépendait.»
[Entrevue avec Carment Robertson, professeur adjoint, Département des arts visuels, Université de Regina, suivie d’un détail de «A Small Pox Issue» en plan de coupe]
Carmen Robertson : Je crois que, pour moi, une des oeuvres les plus fortes c’est «Small Pox Issue.» Bien sûr, il s’agit d’une oeuvre charnière puisqu’elle a changé la direction de sa carrière, et les couleurs sont si sensuelles. Elles vous attirent et vous rapprochent de l’oeuvre, tout en vous repoussant. Elle possède un aspect visuel séducteur. Mais l’arrière-plan, le poids de ces questions provoquent en même temps une répulsion. Selon moi, c’est une dynamique vraiment intéressante qu’on trouve dans bien des oeuvres de Bob, mais particulièrement dans ce premier «blanket statement» (il y a double emploi de ‘blanket’, qui désigne ici à la fois la couverture qui sert de toile à l’oeuvre et réfère aux déclarations politiques faites par le biais de ces peintures sur couverture.)
[Entrevue avec Lee-Ann Martin, conservatrice d’art autochtone canadien contemporain au Musée des civilisations et ancienne conservatrice en chef à la MacKenzie Art Gallery, accompagnée d’une vue de «Trains-N-Boats-N-Plains: The Nina, the Santa Maria and a Pinto», détail de «Sundance Shield» et «Portrait of the Artist as a Storm»]
Lee-Ann Martin : J’ai rencontré Bob au moment où il composait ses oeuvres-couvertures, et j’avais l’impression qu’il essayait vraiment d’essentialiser les motifs des Plaines du Nord, le perlage, la décoration aux piquants de porc-épic. Ce n’est pas qu’il voulait les reproduire, car de nombreux motifs sont personnels, familiaux, et il ne voulait pas faire ça. Il voulait plutôt les abstraire et les mettre en valeur, de manière à ce que les gens puissent vraiment les apprécier. Je pense que dans son art propre, il a pris beaucoup de libertés avec les couleurs, mais il s’est probablement inspiré des motifs traditionnels des Plaines du Nord. Mais, il a pris une liberté artistique toute personnelle de telle façon qu’on pouvait voir se développer une veine entièrement contemporaine. Lorsqu’il a commencé à peindre ses couvertures, l’art de Bob était unique. Bien sûr, le médium lui-même, la couverture, dès sa première, «A Small Pox Issue,» les commissaires d’exposition et les critiques se sont extasié.
[Entrevue avec Karen Duffek, conservatrice, Musée d’anthropologie de l’Université de Colombie-Britannique et photo de «Bob Boyer: A Blanket Statement»]
Karen Duffek: Lorsque nous travaillions sur l’exposition Bob Boyer, au Musée d’anthropologie (MOA), nous jouions avec des titres possibles pour l’exposition, et j’ai suggéré que ce soit «Bob Boyer Blanket Statement» («Déclaration globale de Bob Boyer»). Bob aimait bien cette idée et a même suggéré qu’on intitule l’exposition «Bob Boyer Blankety, blank statement!», (jeu de mots à partir d’un juron) ...rires.
[Entrevue avec Gerald McMaster, conservateur d’art canadien au Musée des beaux-arts de l’Ontario avec, en plan de coupe, «On the Road to Melfort» et «Powwow on Thunder Mountain», une séquence sur des danseurs de pow-wow et, en plan de coupe, «To the End of Time», «Hewey, Dewey and Lewey Wannabee: A Re-appropriation of Mis-appropriated Appropriation (formerly Huey, Dewey and Louie Wannabee)»
Gerald McMaster : C’est au début des années 80 que Bob a eu l’idée de peindre sur des couvertures; jusque-là, c’était un peintre réaliste. Il peignait des scènes réalistes, mais utilisait souvent des matériaux traditionels dans ses oeuvres. Il a peu à peu commencé à se diriger vers l’abstraction. Je l’ai ressenti dans son intérêt combiné envers les parures de pow-wow, parce que celles-ci comportent ces motifs abstraits. Or, il semble que nos ancêtres des Plaines possédaient cette sensibilité à l’abstrait dont Bob s’est probablement inspiré. Il faisait de la broderie perlée et se servait donc de ces motifs abstraits. Puis, il s’en est servi dans ses peintures et soudain, on a vu apparaître des motifs abstraits géants sur les couvertures. Ça, c’est une chose. La seconde chose, c’est qu’il s’intéressait à un point de vue plus historique, celui des Premières Nations durant la période coloniale, où on se servait de couvertures contaminées pour répandre des maladies chez les membres des Premières Nations …comme un ennemi dissimulé. Bien sûr, son art a attiré l’attention mais, on se demande jusqu’à quel point Bob sera connu hors des Prairies, de la Saskatchewan, parce que son art se réfère à des pratiques locales…Qui vivra verra!
Durée : 5:08
Taille : 19.5 MB
Remerciements : Vidéo réalisée par Blue Hill Production.
