Littérature
La vie après 1885
Après la Résistance de 1885, le vaste influx de colons non autochtones et l’échec du système de certificats résultèrent en un dérèglement du mode de vie traditionnel des Métis. De 1885 à 1930, les Métis ont eu de la difficulté à s’adapter rapidement au changement dans les Prairies de l’ouest. Tout au long du dix-neuvième siècle, les Métis ont utilisé une économie mixte qui comprenait la récolte de la flore locale (les plantes) et la faune (les animaux) comme ressources, avec en plus l’agriculture et le travail salarié. Après 1885, cependant, les Métis ont commencé à beaucoup compter sur les travaux saisonniers rémunérés pour subvenir à leurs besoins. Beaucoup se sont retrouvés dans la pauvreté.
Immédiatement après la conclusion de la Résistance, de nombreux Métis de Batoche (et d’ailleurs) ont eu beaucoup de difficulté à survivre. Comme les cultures de printemps n’avaient pas été plantées au moment de la Résistance de 1885, de nombreuses familles manquèrent de nourriture l’hiver suivant. De plus, d’autres avaient vu leur maison détruite et leur propriété pillée, ce qui résulta en des années passées à essayer d’obtenir des dédommagements du gouvernement fédéral. Certains hommes essayèrent d’obtenir du travail de chargement de marchandises pour joindre les deux bouts; cependant, les contrats ne payaient pas beaucoup et devenaient rares à cause de l’utilisation accrue des navires à vapeur et du chemin de fer pour transporter les marchandises. En plus, les marchands rechignaient à installer ou même rouvrir les magasins dans la région de Batoche après la Résistance de 1885. Cela réduisit les possibilités de contrats de chargement de marchandises et d’autres emplois, ce qui déprima encore plus l’économie locale des Métis.
Le manque d’occasions d’obtenir des emplois durables est devenu un problème débilitant pour les Métis qui essayaient de soutenir leurs familles. De ce fait, certaines familles vivaient dans des conditions déplorables. En 1888, Alexander Cardinal et sa famille de huit personnes vivaient dans une maison de trois mètres carrés environ et ils n’avaient pratiquement aucun meuble, pas de literie et de nourriture. La police à cheval du Nord-Ouest distribua de la farine et du bœuf ou du bacon aux familles qui mouraient de faim. Les officiels du gouvernement donnèrent des provisions aux personnes qui n’avaient pas d’emplois en échange de la coupe et du transport du bois, ou pour faire de menus travaux autour des baraquements de police. De nombreux Métis eurent vite eu besoin de l’aide du gouvernement pour acquérir de la nourriture et des vêtements. Certains purent nourrir leurs familles en vendant leur certificat foncier aux spéculateurs. Cependant, en faisant ça, ils perdirent leurs terres.
Même si les Métis étaient capables de trouver des emplois saisonniers ou de planter des cultures, les temps étaient durs. Vers la fin du dix-neuvième siècle, les piètres récoltes continuèrent à tourmenter les agriculteurs le long de la rivière Saskatchewan Sud. Dans certaines régions, les conditions étaient si mauvaises que les familles de Métis durent tuer leur propre bétail pour se nourrir – un geste désespéré pour des gens qui avaient si peu d’animaux. Finalement, certaines familles abandonnèrent leurs fermes ou vendirent leurs possessions pour rembourser leurs dettes. D’autres Métis étaient sans terres et squattaient aux abords des terres de la Couronne. On les appelait les «gens des réserves pour les chemins». De plus, comme de nombreux Métis n’avaient pas de terres, ils ne payaient pas d’impôts fonciers et ils ne pouvaient donc pas envoyer leurs enfants à l’école. Par conséquent, trois générations de Métis ont été incapables de recevoir une éducation de base.
Les Métis qui squattaient sur les terres pour les chemins autour de Batoche avaient un niveau de vie bien moins élevé que les Euro canadiens et les Européens. Cette pauvreté continua jusqu’au milieu du vingtième siècle. Comme il y avait de plus en plus de réglementations pour la chasse et la pêche et que les projets d’emplois du gouvernement ne se réalisaient pas, de plus en plus de gens se tournèrent vers le gouvernement pour obtenir de l’assistance ou du secours pour subvenir à leurs besoins. La pauvreté des Métis provoqua le désespoir et, pour certains, un manque d’ambition. Devant vivre dans les alentours d’une colonie dans des logements délabrés sans emploi valable a porté un sérieux coup à la dignité des Métis. Pendant cette période de 1885 à 1930, beaucoup ont nié leur patrimoine métis et ils se sont assimilés au courant dominant euro canadien pour échapper aux stéréotypes négatifs et aux difficultés économiques qui continuaient.
Référence:
The Métis: Our People Our Story. (CD-ROM) Gabriel Dumont Institute et Arnold Multimedia: Saskatoon et Edmonton, 2000.
Autres lectures:
Payment, Diane. «Batoche depuis 1885 – Cent ans d’histoire en images» dans Riel et les Métis canadiens. Gilles Lesage. Éditeur. La Société historique de
Saint-Boniface. St. Boniface, Manitoba, 1990, pp.3-14.
_____. «The Free People – Otispemisiwa». Batoche, Saskatchewan, 1870-1930. Ottawa: Parcs et lieux historiques nationaux du Canada, Environnement Canada, 1990.
_____. «La Vie en rose? Métis Women at Batoche, 1870 to 1920» dans Miller, Christine et Churchryk, Patricia. Éditeurs. Women of the First Nations: Power, Wisdom and Strength. Winnipeg: University of Manitoba Press, 1996, pp. 19-37.
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