Avant le contact avec les colons européens, la tradition orale était le principal moyen de communiquer le savoir essentiel rattaché à l’identité, aux origines du peuple et de la terre, au code d’éthique et aux dons de notre mère, la Terre. Les anciens étaient la clef de voûte de la tradition orale en raison de l’information qu’ils pouvaient communiquer et de la sagesse qu’ils portaient. Dans la tradition orale, différents rôles étaient attribués aux membres de la communauté. Par exemple, il y avait les Nutacomihtit (ceux qui apportent les nouvelles), les Nuci atkuhkahtit (ceux qui racontent des histoires), les Nucintuhtitit (ceux qui chantent des histoires) et ceux qui étaient chargés de conserver et d’interpréter les messages des ceintures wampum.
Par suite du contact, la tradition orale a décru, sans toutefois disparaître complètement. Aujourd’hui, les aînés wolastoqiyik continuent à transmettre notre histoire, nos visions du monde, notre langue et notre sagesse. Au moyen
Pour en lire plus
Avant le contact avec les colons européens, la tradition orale était le principal moyen de communiquer le savoir essentiel rattaché à l’identité, aux origines du peuple et de la terre, au code d’éthique et aux dons de notre mère, la Terre. Les anciens étaient la clef de voûte de la tradition orale en raison de l’information qu’ils pouvaient communiquer et de la sagesse qu’ils portaient. Dans la tradition orale, différents rôles étaient attribués aux membres de la communauté. Par exemple, il y avait les Nutacomihtit (ceux qui apportent les nouvelles), les Nuci atkuhkahtit (ceux qui racontent des histoires), les Nucintuhtitit (ceux qui chantent des histoires) et ceux qui étaient chargés de conserver et d’interpréter les messages des ceintures wampum.
Par suite du contact, la tradition orale a décru, sans toutefois disparaître complètement. Aujourd’hui, les aînés wolastoqiyik continuent à transmettre notre histoire, nos visions du monde, notre langue et notre sagesse. Au moyen de la langue, ils communiquent aussi de l’information sur nos valeurs, nos croyances et nos idéaux. Somme toute, ils sont les porteurs de notre trésor pour la génération actuelle et les générations suivantes.
De nombreuses histoires parlent des Kiwolatomuhsisok (les petites personnes), tandis que d’autres font appel au surnaturel en évoquant le Motewolon (chaman) et le Kehtaqs (boule de feu). Ces histoires nous apprennent à vivre en harmonie entre nous ainsi qu’avec les créatures ailées, les animaux, les insectes et les êtres vivant dans l’eau. Des histoires de filous nous enseignent la valeur de l’humour. D’autres histoires peuvent nous informer sur des faits historiques, les origines de nos ancêtres, notre code d’éthique et les dons de notre mère, la Terre. Dans la tradition orale, les mots sont sacrés et la faculté du langage est considérée comme un don du Créateur. Les langues doivent être honorées et non supplantées. Nous avons besoin des histoires de nos anciens; autrement, comment pourrions-nous honorer notre passage sur la terre du passé au présent puis vers l’avenir?
Opolahsomuwehs 07
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
bâton d’orateur, v. 1977, Premières Nations; Wolastoqiyik, Neqotkuk (Première Nation de Tobique)
Abner Paul
Collection d'artisanat du Nouveau-Brunswick, 1995
Neqotkuk, Nouveau-Brunswick, CANADA
Tobique, Nouveau-Brunswick, CANADA
1995.27.177.1
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
La tradition orale du peuple wolastoqiyik est aussi ancienne que l’hiver lui-même. Car c'était uniquement pendant cette saison, alors que tous passaient tellement de temps dans les wigwams, que les contes se succédaient dans la bouche du No-dji-tak-win – le chanteur. Un Wolastoqiyik à qui on a demandé un jour s’il savait parler sa langue maternelle a répondu : « Non, mais je peux la chanter. » On a souvent dit que l’euphonie de cette langue en fait une des plus agréables à entendre. Cela est particulièrement manifeste quand les aînés livrent leurs sentiments et croyances authentiques par le biais de récits évoquant l’origine sociale, la géographie, le quotidien et les explications pratiques ou mystiques. Sur fond d'environnement naturel, les attributs naturels et surnaturels d'animaux, d'humains et d'êtres surhumains forment le sujet d’intrigues complexes où se mêlent pouvoir personnel et survie, mais qui portent avant tout sur la dynamique de l’entente. Il arrive souvent que les leçons de vie, d’o&ugr
Pour en lire plus
La tradition orale du peuple wolastoqiyik est aussi ancienne que l’hiver lui-même. Car c'était uniquement pendant cette saison, alors que tous passaient tellement de temps dans les wigwams, que les contes se succédaient dans la bouche du No-dji-tak-win – le chanteur. Un Wolastoqiyik à qui on a demandé un jour s’il savait parler sa langue maternelle a répondu : « Non, mais je peux la chanter. » On a souvent dit que l’euphonie de cette langue en fait une des plus agréables à entendre. Cela est particulièrement manifeste quand les aînés livrent leurs sentiments et croyances authentiques par le biais de récits évoquant l’origine sociale, la géographie, le quotidien et les explications pratiques ou mystiques. Sur fond d'environnement naturel, les attributs naturels et surnaturels d'animaux, d'humains et d'êtres surhumains forment le sujet d’intrigues complexes où se mêlent pouvoir personnel et survie, mais qui portent avant tout sur la dynamique de l’entente. Il arrive souvent que les leçons de vie, d’où se dégage une profonde sagesse humaine, s’enseignent par l’entremise de cycles de récits complexes mettant en vedette Koluskap, le défenseur de la culture wabanaki. Dans ces récits, l’action peut se jouer au niveau conscient ou subconscient; elle peut suivre la logique ou prendre des airs de rêve éveillé. Partout, on retrouve des personnages qui empruntent tour à tour un physique humain ou animal, illustrant ainsi les liens étroits entre tous les êtres vivants. De l’humble palourde espionne au petit Mikumwes qui sait voler dans les airs, mais ne sait point mentir; de l’oncle Tortue le paresseux, à la grand-mère Marmotte la fouineuse, pour ne nommer que ceux-là, à travers les légendes, les divers personnages reflètent les multiples facettes de la vie.
Traditionnellement, ces légendes peuvent prendre de deux formes. Il peut s’agir d’une poésie rythmée aux intonations mélodieuses, où l’action s’anime sous l’effet d’une énergie incroyable et d’une expression passionnée. Il arrive aussi que les récits prennent la forme d’anecdotes plus structurées, notamment quand ils racontent l’histoire de Koluskap et de son frère, Mikumwes, comme s’ils appartenaient à une époque révolue depuis longtemps.
Les contes, parvenus jusqu’à nous grâce à des documents sonores ou écrits, représentent des versions de récits racontés depuis des temps immémoriaux. Ces versions sont, sans aucun doute, beaucoup plus courtes que les récits relatés à l’époque dans les habitations, alors que la famille constituait le seul auditoire. Dans leur forme originale, ces récits authentiques pouvaient durer des heures; l’hiver étant ce qu’il est, le No-dji-tak-win avait tout son temps. Le conteur faisait appel à des procédés mnémotechniques et mettait de l'emphase; il décrivait les scènes de façon détaillée, ajoutant des éléments au passage pour enjoliver son récit et captiver son auditoire. Bien que les récits aient évolué au fil du temps, les traditions orales sont demeurées. Encore aujourd'hui, dans les communautés wolastoqiyik, des gens se lèvent pour raconter ou jouer une histoire portant sur un aspect de leur quotidien.
Ici, en ce moment, nous pouvons nous représenter une séance de contes wolastoqiyik, tenue le long du fleuve Wolastoq, quand les familles se rassemblaient et partageaient leur quotidien dans des habitations confortables fleurant bon le sapin, alors que le vent hivernal soufflait violemment à l'extérieur. À mesure que le No-dji-tak-win parlait, les aventures s’imprégnaient d’enseignements de nature spirituelle. C’est ainsi que les Wolastoqiyik ont su préserver leur intégrité jusqu’à aujourd’hui et qu’ils s’inspirent maintenant de cette spiritualité pour regarder vers demain.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
tableau : Intérieur d'une cabane en bois des Malécites - fleuve Saint-Jean, v. 1840
Robert Petley, 1812-1869
Collection John Clarence Webster Canadiana
Nouveau-Brunswick, CANADA
W5943
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Ronald Paul aborde les histoires et les chansons
Des chansons indiennes qui parlaient de lapins, du ciel, des oiseaux… même de la mort, du mariage, du bonheur, des voyages, du canotage.
Avec la permission de Ronald Paul
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Maurice Sacobie traite de l’art du conte.
Mon père avait un ami là-bas, il venait à la maison, et évidemment, il s’assoyait et il parlait toute la nuit. Mon père s’endormait. Mais l’autre, ça l’empêchait pas de continuer à placoter : « Ben, tu te souviens quand on allait à la chasse? » T’sais, il parlait de tout et de rien, et il parlait indien. Ce gars-là il parlait indien et anglais, les deux. Il était assis là à discuter et ses jambes elles faisaient comme ça tellement qu’il s’excitait à parler, hein? Je sais pas si tu te souviens de lui? Je sais même pas si tu l’as connu, John Sacobie, c’était un sacré conteur.
Avec la permission de Maurice Sacobie
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Maurice Sacobie discute du conteur John Sacobie
John Sacobie, c’était un ancien d’Oromocto, c’était un sacré conteur. Il savait en raconter, des histoires, j’aimerais bien raconter des histoires comme ça. Il y a longtemps, à son époque, quand il racontait les histoires, c’était comme si tu y étais, tu sais, la façon dont il les racontait: ce qui se passait, dans les camps de travail, dans les camps de bûcherons où il travaillait souvent, dans les fermes, oh, c’était vraiment un bon conteur. Des histoires de fantômes, j’aimais bien écouter ça. Mais quand il avait fini [il rit], on avait pas de lumière, hein! tu vois, juste des lampes. Notre pièce, notre maison, elle n’était pas plus grande que ça, alors on laissait la lampe allumée toute la nuit. La chambre de ma mère était peut-être plus petite que ça, on voyait juste la lumière. Il continuait, il racontait des histoires toute la nuit, on y voyait quasiment rien. Mais la façon dont il les racontait, c’était comme si c’était vrai. Il parlait des feux follets et de choses différentes, de sorcières.
Avec la permission de Maurice Sacobie
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Koluskap et son frère, Malsum, raconté par Roseanne Clark en langue Wolastoqiyik
Koluskap et son petit frère jumeau, Malsum, discutaient dans le ventre de leur mère. « Nous devons naître maintenant », dit Malsum (1). « Non, attendons », répondit Koluskap, mais il ne put empêcher Malsum, impatient de venir au monde, de surgir du flanc de sa mère, qui en mourut.
Les deux frères s'élèvent seuls et sont inséparables jusqu'au jour où ils essaient de se mesurer l'un à l'autre par la force, pour voir si, malgré leur gémellité, l'un est peut-être plus fort que l'autre. Malsum demande à Koluskap : « Comment quelqu'un réussirait-il à te tuer? Comment ferait-il? » Koluskap réfléchit longuement et décide de donner à son frère un semblant de réponse à sa question. « Avec des plumes de duvet », déclare-t-il, sachant que des plumes ne feraient que l'assommer, non le tuer. « Et toi, comment t'y prendrais-tu pour me tuer? » Koluskap demande à Malsum. Son frère lui répond en toute sincérité : « Avec des quenouilles. »
Ils continuent à mesurer leur force, épreuve dont Koluskap sort invariablement vainqueur. Malsum n'aime pas cela et il envie son frère. Une nuit, Malsum se procure des plumes de duvet et terrasse Koluskap. Lorsqu'il reprend ses esprits, celui-ci se met en quête de quenouilles en pensant : « Je dois tuer Malsum car il est dangereux. » Dès que l'occasion se présente, il lui assène un coup mortel avec une quenouille.
1. loup
comité directeur wolastoqiyik, Musée du Nouveau-Brunswick
raconté par Roseanne Clark
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Koluskap libère les eaux, raconté par Gwen Bear en Wolastoqiyik
Koluskap et Mikumwesu, qui pagayent sur le Wolastoq, arrivent à un camp. Les deux frères descendent à terre, où les accueille une vieille femme qu'ils appellent Marmotte. Après qu’elle a invité les visiteurs à s'asseoir, Koluskap lui demande de l'eau car il a très soif. En approchant du camp, Koluskap et Mikumwesu ont remarqué que l'eau est très sale et pleine d'insectes, ce qui la rend impropre à la consommation. Marmotte répond : « Je n'ai pas d'eau. C'est Akwulabemu (1) qui a toute l'eau. » Koluskap lui ordonne d'aller le voir et de lui dire que le Chef veut à boire.
« Nous ne pourrons avoir de l'eau que si nous offrons une jeune fille à Akwulabemu, explique Marmotte. Il a déjà deux filles et il ne m'en reste qu'une. En plus, il les torture. Elles doivent obéir à ses ordres et il leur pousse le visage avec un tisonnier brûlant avant de leur adresser la parole. Je ne reconnaîtrais même pas ma propre fille, qui est là-bas, défigurée et dont les cheveux ont été brûlés. »
Cependant, Koluskap insiste et Marmotte envoie à Akwulabemu sa dernière fille qui lui apprend que le Chef insiste vraiment pour avoir de l'eau. Akwulabemu répond : « Le grand homme qui se trouve dans votre camp pense qu'il va avoir de la bonne eau à boire. » En donnant une écuelle à la fille de Marmotte, il dit : « Apporte-lui ceci. Je me suis lavé les mains et les pieds dedans. »
Hors de lui, Koluskap refuse de boire l'eau répugnante. Armé d'une massue, il part fracasser la tête d'Akwulabemu et faire couler l'eau de nouveau. Il commence par détruire le canot en pierre d'Akwulabemu. En passant devant plusieurs jeunes filles défigurées et trop effrayées pour parler, il s'approche d'Akwulabemu et lui demande : « Est-ce que tu essaies de détruire tout le monde? Tu aurais dû savoir que je viendrais. Je suis Koluskap, chef de tous. »
Akwulabemu répond : « Tu es peut-être le chef des animaux et des hommes, mais tu vas devoir te battre. » Se sentant insulté, Koluskap se saisit de sa massue, frappe Akwulabemu et lui fracasse le crâne. Un animal surgit de sa tête et se précipite vers le canot, mais en voyant celui-ci en pièces, il se transforme en serpent. Koluskap le tue à coups de massue et immédiatement les sources et les ruisseaux se remplissent d'une eau pure et limpide. Koluskap appelle ensuite tous les insectes et les vers pour qu'ils se régalent du serpent mort.
Koluskap retourne au camp de Marmotte et demande à la vieille femme de proclamer alentour : « Le grand chef a libéré l'eau. Akwulabemu n'est plus et le Wolastoq s'emplira bientôt d'une eau fraîche et limpide. » Marmotte fait exactement ce que Koluskap lui a ordonné.
1. la grenouille géante
comité directeur wolastoqiyik, Musée du Nouveau-Brunswick
raconté par Gwen Bear
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Koluskap libère les eaux, raconté par Roseanne Clark en Wolastoqiyik
Koluskap et Mikumwesu, qui pagayent sur le Wolastoq, arrivent à un camp. Les deux frères descendent à terre, où les accueille une vieille femme qu'ils appellent Marmotte. Après qu’elle a invité les visiteurs à s'asseoir, Koluskap lui demande de l'eau car il a très soif. En approchant du camp, Koluskap et Mikumwesu ont remarqué que l'eau est très sale et pleine d'insectes, ce qui la rend impropre à la consommation. Marmotte répond : « Je n'ai pas d'eau. C'est Akwulabemu (1) qui a toute l'eau. » Koluskap lui ordonne d'aller le voir et de lui dire que le Chef veut à boire.
« Nous ne pourrons avoir de l'eau que si nous offrons une jeune fille à Akwulabemu, explique Marmotte. Il a déjà deux filles et il ne m'en reste qu'une. En plus, il les torture. Elles doivent obéir à ses ordres et il leur pousse le visage avec un tisonnier brûlant avant de leur adresser la parole. Je ne reconnaîtrais même pas ma propre fille, qui est là-bas, défigurée et dont les cheveux ont été brûlés. »
Cependant, Koluskap insiste et Marmotte envoie à Akwulabemu sa dernière fille qui lui apprend que le Chef insiste vraiment pour avoir de l'eau. Akwulabemu répond : « Le grand homme qui se trouve dans votre camp pense qu'il va avoir de la bonne eau à boire. » En donnant une écuelle à la fille de Marmotte, il dit : « Apporte-lui ceci. Je me suis lavé les mains et les pieds dedans. »
Hors de lui, Koluskap refuse de boire l'eau répugnante. Armé d'une massue, il part fracasser la tête d'Akwulabemu et faire couler l'eau de nouveau. Il commence par détruire le canot en pierre d'Akwulabemu. En passant devant plusieurs jeunes filles défigurées et trop effrayées pour parler, il s'approche d'Akwulabemu et lui demande : « Est-ce que tu essaies de détruire tout le monde? Tu aurais dû savoir que je viendrais. Je suis Koluskap, chef de tous. »
Akwulabemu répond : « Tu es peut-être le chef des animaux et des hommes, mais tu vas devoir te battre. » Se sentant insulté, Koluskap se saisit de sa massue, frappe Akwulabemu et lui fracasse le crâne. Un animal surgit de sa tête et se précipite vers le canot, mais en voyant celui-ci en pièces, il se transforme en serpent. Koluskap le tue à coups de massue et immédiatement les sources et les ruisseaux se remplissent d'une eau pure et limpide. Koluskap appelle ensuite tous les insectes et les vers pour qu'ils se régalent du serpent mort.
Koluskap retourne au camp de Marmotte et demande à la vieille femme de proclamer alentour : « Le grand chef a libéré l'eau. Akwulabemu n'est plus et le Wolastoq s'emplira bientôt d'une eau fraîche et limpide. » Marmotte fait exactement ce que Koluskap lui a ordonné.
1. la grenouille géante
comité directeur wolastoqiyik, Musée du Nouveau-Brunswick
raconté par Roseanne Clark
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Koluskap et la moufette géante, raconté par Gwen Bear en langue Wolastoqiyik
Après la lutte avec Izignapogos qui a permis de distribuer de la nourriture à tout le monde, Marmotte avertit Koluskap qu'il n'en a pas terminé, car l'homme à moitié pierre a des amis en aval. Les deux frères, Koluskap et Mikumwesu, descendent le fleuve dans leur canot et c'est Koluskap qui pagaie. Après un moment, Mikumwesu dit : « Allons sur la berge, l'acolyte d'Izignapogos est quelque part par ici. Tu vois de qui je veux parler? » Koluskap répond : « La Grande Moufette qui peut lancer son jet jusqu'à l'autre rive de l'océan? Oui, je la connais. Je suis là pour tuer les gros animaux dangereux, alors allons-y. »
Mikumwesu descend à terre, coupe un grand bâton et l'apporte à Koluskap dans le canot. « Effile ce bâton, dit Mikumwesu. On va l’utiliser pour lui boucher le derrière, comme ça il ne pourra pas envoyer son jet nauséabond. » Koluskap hésite à opter pour cette solution, car il pense que la moufette géante est trop dangereuse. Il propose d'allumer sa pipe pour faire beaucoup de fumée et ainsi empêcher la moufette de diriger son jet. Puis, quand la moufette sera désorientée par la fumée, Koluskap n’aura plus qu’à surgir et lui enfoncer le bâton.
Ils arrivent dans un virage menant à un défilé de la rivière bordé de falaises. Koluskap s'aperçoit que lui et son frère ne pourront pas s'aventurer plus loin sans risquer de rencontrer la dangereuse moufette géante, car la visibilité en amont n'est pas très bonne. Mikumwesu dit : « Je vais commencer à faire de la fumée pour faire croire à une nappe de brouillard. » Le petit frère sort son pixnoggin, une blague à tabac faite avec la peau d'un pékan, et bourre sa pipe de son mélange particulier. Une fois que la fumée est devenue aussi épaisse que du brouillard, ils continuent d'avancer dans le défilé. Soudain, la moufette géante est devant eux, prête à lancer son jet. Mais, profitant de la fumée, Koluskap a le temps d'enfoncer le bâton pointu dans la moufette, qui s'affaisse.
Mikumwesu demande : « Pourquoi ne l'as-tu pas empalée pour la tuer » Koluskap répond qu’il n’a jamais eu l’intention de tuer la moufette géante. Il voulait la garder et la rapetisser suffisamment pour que les gens puissent l'utiliser sans risquer de subir son jet. « Dorénavant, proclame Koluskap, la moufette aura un jet juste assez puissant pour pouvoir se protéger. »
comité directeur wolastoqiyik, Musée du Nouveau-Brunswick
raconté par Gwen Bear
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Petit Tonnerre grandit, et un jour Koluskap décide de quitter le village et d’emmener son neveu avec lui. Mikumwesu les accompagne, laissant la vieille femme, Marmotte, seule. Tous partent dans le grand canot en pierre de Koluskap et ils arrivent à un village. Les habitants sortent pour voir le petit Mikumwesu dans le grand canot. Les anciens sont sûrs que les inconnus sont Koluskap et Mikumwesu, car nuls autres ne peuvent accomplir des exploits aussi merveilleux.
Le Chef du village est absent, mais Tortue, qui est comme un oncle pour Koluskap, est là, car trop paresseux pour aller à la chasse. Tortue reste au camp à cuisiner et à fumer la viande. Un jour, le grand oiseau, Klu, vient rendre visite à Tortue. Il lui dit : « Kwe ». Tortue lui répond : « Kwe ». Il va chercher de la viande d’orignal séchée, la réduit en poudre fine et la sert sans rien à boire. N’ayant pas de boisson pour faire passer la viande sèche, Klu s’étrangle et meurt. Alors, Tortue le découpe, le fume et suspend ses ailes dans le wigwam.
Pour en lire plus
Petit Tonnerre grandit, et un jour Koluskap décide de quitter le village et d’emmener son neveu avec lui. Mikumwesu les accompagne, laissant la vieille femme, Marmotte, seule. Tous partent dans le grand canot en pierre de Koluskap et ils arrivent à un village. Les habitants sortent pour voir le petit Mikumwesu dans le grand canot. Les anciens sont sûrs que les inconnus sont Koluskap et Mikumwesu, car nuls autres ne peuvent accomplir des exploits aussi merveilleux.
Le Chef du village est absent, mais Tortue, qui est comme un oncle pour Koluskap, est là, car trop paresseux pour aller à la chasse. Tortue reste au camp à cuisiner et à fumer la viande. Un jour, le grand oiseau, Klu, vient rendre visite à Tortue. Il lui dit : « Kwe ». Tortue lui répond : « Kwe ». Il va chercher de la viande d’orignal séchée, la réduit en poudre fine et la sert sans rien à boire. N’ayant pas de boisson pour faire passer la viande sèche, Klu s’étrangle et meurt. Alors, Tortue le découpe, le fume et suspend ses ailes dans le wigwam.
Lorsque Pêcheur, le grand chasseur, revient à la maison et voit cette grande quantité de viande, il pense que Tortue n’a pas été avare d’efforts. Mais quand il aperçoit les ailes de Klu, il change d’avis et s’écrie : « Tu vas avoir des ennuis maintenant. Tu as fumé le Chef d’un village voisin. Viens vite, je vais te cacher dans un arbre avant que ses gens arrivent. » Tortue accepte de se réfugier dans le nid de Pêcheur, sur une branche d’arbre. Pêcheur enlève l’écorce de l’arbre afin que Tortue ne puisse pas en descendre. Pêcheur disparaît aussi vite qu’il peut.
Bientôt, les gens de Klu arrivent; ils aperçoivent les ailes et comprennent que Tortue l’a tué. Tortue, qui commence à vraiment s’ennuyer dans son arbre, invente des tours qu’il pourrait jouer aux gens en bas. Alors qu’il se place pour jouer un mauvais tour, il perd l’équilibre et tombe de l’arbre. Les hommes le voient tomber, mais ils fouillent le sol sans le trouver. Au bout d’un moment, ils trouvent quelque chose qui ressemble à un plat en bois. En y regardant de plus près, ils s’aperçoivent que c’est Tortue, caché sous sa carapace.
Les gens de Klu crient : « Tu as tué notre Chef et nous allons te détruire! » Mais ils ne parviennent pas à décider de la méthode à adopter pour faire du mal à Tortue. « Pendons-le », dit quelqu’un. Tortue se redresse et semble assez satisfait. « Oh, très bien, dit-il, je vais vous chercher une corde. »
« Il n’a pas peur de la pendaison », observent les hommes. « Brûlons-le », propose quelqu’un, et ils commencent à rassembler du bois. « Ouiii! s’exclame Tortue, je vais chercher de l’écorce de bouleau. » Ils comprennent que le bûcher n’est pas non plus la bonne solution. « Et si on le noyait? » demande un troisième. À ces mots, Tortue devient très triste et quand les hommes s’emparent de lui, il crie : « Oh! non. À l’aide! »
Sachant qu’ils ont enfin trouvé la parfaite punition pour Tortue, une punition qui ne lui ferait pas plaisir, les hommes le jettent dans le Wolastoq. Tortue coule à pic et les gens de Klu pensent l’avoir tué. Mais Tortue s’éloigne tout simplement à la nage, souriant et riant, en pensant qu’il a bien eu les gens en leur jouant un bon tour.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Tortue nage sous l’eau jusqu’à ce qu’il se sente en sécurité, loin des hommes qui ont essayé de lui faire du mal parce qu’il a tué leur Chef. Enfin, il refait surface en souriant et en faisant des remarques désobligeantes à des jeunes filles à proximité qui font leur lessive sur des rondins. Les jeunes filles se mettent à hurler et rentrent chez elles en courant pour raconter aux gens du village ce qui s’est passé. « Vous avez prétendu avoir noyé Tortue, disent-elles. Il n’avait pas l’air mort quand il nous a parlé. »
En entendant cette nouvelle, les gens s’écrient : « Où qu’il se trouve, nous le tuerons. Il nous a trompés en feignant avoir peur. » Alors, ils descendent le Wolastoq pour attraper Tortue, mais il est introuvable. Ils pagaient le long de la rive dans leurs canots et des jeunes filles finissent par le trouver allongé sur le dos, en train de prendre le soleil sur un rocher. Les hommes saisissent Tortue et lui crient : « Tu ne tueras plus aucun de nos c Pour en lire plus
Tortue nage sous l’eau jusqu’à ce qu’il se sente en sécurité, loin des hommes qui ont essayé de lui faire du mal parce qu’il a tué leur Chef. Enfin, il refait surface en souriant et en faisant des remarques désobligeantes à des jeunes filles à proximité qui font leur lessive sur des rondins. Les jeunes filles se mettent à hurler et rentrent chez elles en courant pour raconter aux gens du village ce qui s’est passé. « Vous avez prétendu avoir noyé Tortue, disent-elles. Il n’avait pas l’air mort quand il nous a parlé. »
En entendant cette nouvelle, les gens s’écrient : « Où qu’il se trouve, nous le tuerons. Il nous a trompés en feignant avoir peur. » Alors, ils descendent le Wolastoq pour attraper Tortue, mais il est introuvable. Ils pagaient le long de la rive dans leurs canots et des jeunes filles finissent par le trouver allongé sur le dos, en train de prendre le soleil sur un rocher. Les hommes saisissent Tortue et lui crient : « Tu ne tueras plus aucun de nos chefs! » Tortue répond : « Pourquoi est-ce qu’il n’est pas venu sous l’apparence d’un homme, pour que je sache qu’il s’agissait du Chef? Il avait l’air d’un oiseau, alors comment pouvais-je savoir? » Mais les gens refusent d’écouter ses excuses et l’emmènent dans la salle où ils tiennent leurs conseils.
C’est alors que Koluskap et Mikumwesu arrivent. En voyant ce qui se passe, Koluskap dit à Mikumwesu : « Mon oncle est en mauvaise posture et c’est ma faute. À cause de mon pouvoir, il a tué le Chef car je voulais m’amuser un peu avec lui. Attendons qu’ils le torturent pour l’avertir de notre présence. Peut-être que les gens nous diront quand ce sera le moment. » Lorsque les hommes ont fini de tenir conseil au sujet de Tortue, ils commencent à le torturer en le brûlant à l’aide de tisons. Puis, ils veulent le traîner dans le feu. Tortue les supplie d’arrêter, en vain. Enfin, l’un d’entre eux demande : « Pourquoi ne pas inviter Mikumwesu à venir voir comme on s’amuse? » Alors, ils informent Mikumwesu. En montant vers le bûcher, Koluskap dit à Mikumwesu : « Tu vois, je te l’avais bien dit qu’ils nous diraient quand. »
Lorsqu’ils arrivent à l’emplacement où les gens sont en train de supplicier Tortue, Koluskap fait semblant de ne pas connaître son oncle, qui est entièrement recouvert de cendres. « Oh! fait Koluskap, désinvolte, ce n’est qu’un plat en bois. » Alors que les gens s’apprêtent à jeter de nouveau Tortue dans le feu, il hurle : « Non, je vous en prie! » Lorsque Koluskap entend sa voix, il se met à rire et demande : « Mais, c’est toi, mon oncle? » Il s’approche de Tortue et le transforme en homme. Voilà qu’apparaît un bel homme là où quelques instants auparavant se trouvait une tortue. « Qu’est-ce qui se passe ici? » demande Koluskap. Tortue raconte comment il a accidentellement causé la mort de Klu l’oiseau, qui était en fait le Chef de la tribu et comment il a trompé celle-ci et s’est enfui à la nage.
Koluskap dit à Tortue : « Ils ne peuvent pas te tuer pour avoir tué un oiseau. Certains chefs ont des oiseaux qu’ils envoient alentour. » À ce moment, tout le monde se met à chuchoter, se doutant que ce grand homme doit être Koluskap. Lorsqu’ils en ont la certitude, ils s’approchent de Koluskap et lui demandent de les pardonner, car ils ne savaient pas que Tortue était son oncle. Koluskap et Tortue quittent ensuite le village.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Koluskap et Tortue se rendent dans une localité où ils séjournent quelque temps, pour travailler. Koluskap finit par dire à Tortue : « Mon oncle, tu ferais bien de te marier. » Tortue lui réplique : « Où est-ce que je peux trouver une épouse? »
« Eh bien, dit Koluskap, nous n’avons qu’à demander au Chef de te donner sa fille. » Tortue reconnaît que la fille du Chef est très gentille, mais il dit : « Comment s’y prendre pour l’avoir? » Koluskap répond : « J’irai moi-même la chercher. »
Koluskap va voir le Chef avec un ballot de fourrures et lui explique ce qu’il veut. Le Chef en discute avec ses proches, auxquels il demande s’ils devraient ou non admettre Tortue dans la famille. « Comment est-ce qu’on peut épouser quelqu’un qui ressemble à une tortue? » demande la femme du Chef. Mais ce dernier fait remarquer : « Koluskap a le pouvoir de lui faire prendre n’importe quelle forme. Et puis, nous ne pouvons pas dire non à un homme Pour en lire plus
Koluskap et Tortue se rendent dans une localité où ils séjournent quelque temps, pour travailler. Koluskap finit par dire à Tortue : « Mon oncle, tu ferais bien de te marier. » Tortue lui réplique : « Où est-ce que je peux trouver une épouse? »
« Eh bien, dit Koluskap, nous n’avons qu’à demander au Chef de te donner sa fille. » Tortue reconnaît que la fille du Chef est très gentille, mais il dit : « Comment s’y prendre pour l’avoir? » Koluskap répond : « J’irai moi-même la chercher. »
Koluskap va voir le Chef avec un ballot de fourrures et lui explique ce qu’il veut. Le Chef en discute avec ses proches, auxquels il demande s’ils devraient ou non admettre Tortue dans la famille. « Comment est-ce qu’on peut épouser quelqu’un qui ressemble à une tortue? » demande la femme du Chef. Mais ce dernier fait remarquer : « Koluskap a le pouvoir de lui faire prendre n’importe quelle forme. Et puis, nous ne pouvons pas dire non à un homme aussi puissant. » Alors, ils informent Koluskap qu’il y aura des noces et tout le monde pousse des hourras.
Koluskap transforme Tortue en jeune homme et lui dit d’aller chercher sa future femme pour aller cueillir des baies pour le banquet. Ils emmènent quelques jeunes filles et le fils du Chef, puis traversent l’eau pour rejoindre l’île dans deux canots. Lorsqu’ils ont fini de ramasser des baies, Koluskap leur conseille de revenir avant que le vent devienne trop fort. Sur le chemin du retour, Koluskap décide de leur jouer des tours. Il fait en sorte que Tortue fasse le fanfaron en se mettant debout à cheval sur les canots. À ce moment-là, Koluskap pousse un canot et Tortue tombe à l’eau.
Les canots continuent de filer jusqu’à ce que quelqu’un fasse remarquer : « Qu’est-ce qui vient de tomber à l’eau? » Koluskap répond : « C’est mon oncle. » Ils font demi-tour avec les canots et trouvent Tortue en train de se débattre dans l’eau. À grand-peine, ils finissent par le hisser dans l’un des canots. La fille du Chef qui doit épouser Tortue a très honte.
Les noces ont lieu le soir du troisième jour. Un homme s’écrie : « Waldewak », ce qui signifie « Apportez vos écuelles ». Tout le monde apporte son écuelle pour se faire servir. Plus tard, tous dansent jusqu’à l’arrivée de Tortue et de la fille du Chef, et ils se mettent à danser la danse de la courte corne. Vers le milieu de la nuit, ils emmènent les jeunes mariés se coucher au camp du Chef.
Le lendemain matin, la femme du vieux Chef regarde de l’autre côté du camp et voit le dos d’une tortue qui dépasse des couvertures. « Mais qu’est-ce qu’elle fait cette tortue encore ici? » demande-t-elle, ne se rappelant pas que le jeune homme que sa fille vient d’épouser est une tortue. Elle prend un tisonnier et lui donne des petits coups dans le dos. Son mari, le Chef, finit par lui dire de qui il s’agit et lui rappelle que le mari de sa fille est bel et bien une tortue.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Tortue demande à Koluskap ce qu’il doit faire en tant qu’époux. « Comme tout le monde », lui conseille Koluskap. « Travailler, t’occuper de ta famille et pourvoir à ses besoins. » Quelques jours plus tard, Koluskap trouve Tortue toujours dans le wigwam avec sa femme. À Koluskap qui le réprimande, Tortue rétorque : « Tu m’as dit de m’occuper de ma famille! C’est ce que j’essaie de faire! » Koluskap réplique : « Je ne voulais pas dire de cette manière-là. »
« Alors qu’est-ce que tu voulais dire? » demande Tortue. Koluskap lui explique qu’il voulait dire que Tortue devait aller chasser, comme tout homme qui se marie. « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant? » demande Tortue, gêné. « Je croyais que tu le savais, répond Koluskap. Tout le monde sait ça. »
« Bon vas-y, dit Koluskap. Pars à la chasse! Attrape une baleine! »
« Comment est-ce que je peux attraper une baleine? » s’enquiert Tortue. Ko Pour en lire plus
Tortue demande à Koluskap ce qu’il doit faire en tant qu’époux. « Comme tout le monde », lui conseille Koluskap. « Travailler, t’occuper de ta famille et pourvoir à ses besoins. » Quelques jours plus tard, Koluskap trouve Tortue toujours dans le wigwam avec sa femme. À Koluskap qui le réprimande, Tortue rétorque : « Tu m’as dit de m’occuper de ma famille! C’est ce que j’essaie de faire! » Koluskap réplique : « Je ne voulais pas dire de cette manière-là. »
« Alors qu’est-ce que tu voulais dire? » demande Tortue. Koluskap lui explique qu’il voulait dire que Tortue devait aller chasser, comme tout homme qui se marie. « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant? » demande Tortue, gêné. « Je croyais que tu le savais, répond Koluskap. Tout le monde sait ça. »
« Bon vas-y, dit Koluskap. Pars à la chasse! Attrape une baleine! »
« Comment est-ce que je peux attraper une baleine? » s’enquiert Tortue. Koluskap commence alors à lui apprendre comment chasser.
Koluskap explique à Tortue : « Prends la mer à marée basse et fabrique un assommoir. Lorsque la marée montera, la baleine s’y fera piéger. Prends sept billes de bois pour faire les poids. Essaie le piège pour voir s’il te faut plus de poids. »
Tortue construit donc le piège, puis se demande comment l’essayer, surtout le mécanisme de déclenchement. Il finit par y entrer lui-même en rampant, ce qui déclenche le piège et fait tomber les billes de bois sur lui. Tortue est pris à son propre piège. Il a beau se démener dans tous les sens, il ne réussit pas à sortir. Koluskap, qui l’attend, se doute que quelque chose s’est passé, car de toute façon, c’est lui qui fait que les choses se passent. Après avoir laissé Tortue souffrir dans le piège pendant un jour et une nuit, il le libère et lui demande : « Comment est-ce que tu es entré là-dedans? » Tortue répond : « J’étais en train de l’essayer. » Koluskap rétorque : « Je ne voulais pas dire que tu devais entrer dans le piège, tu aurais pu l’essayer avec une bille de bois. Tu aurais alors pu voir ce qu’il pouvait supporter. » Ils retournent ensuite au village.
Une semaine plus tard, Koluskap demande à Tortue : « Est-ce que tu as vérifié ton piège pour voir ce que tu as attrapé? Mon oncle, c’est ce que fait un homme marié. » Tôt le lendemain matin, alors que Tortue vérifie son piège, il y trouve une grosse baleine. Il la met sur son épaule, rentre au village et la jette sur le seuil de la porte de chez Koluskap. Tortue jette un petit coup d’œil furtif à l’intérieur et déclare : « Neveu, j’en ai une. » Koluskap, d’une voix irritée, répond : « Imbécile, tu es sensé l’apporter chez le père de ta femme. »
Tortue jette alors de nouveau la baleine sur son épaule et l’apporte chez le Chef; ce dernier l’examine et se montre fort surpris et impressionné. « Aucun homme n’a jamais porté une baleine auparavant », déclare-t-il.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Kcihknac papehcimal Koluskapol, “kekw olohke Nisowit skitap”.
“Ktahcowolohk naka kolankey owan ksiwiyik,” Koluskap tiyal.
Nit te yakw eyit wikowak.
“Cowitpot knaci kotonkan,” itom Koluskap, naciphan potep.
Mate kenok nihtawehtowon. ‘Tahcowokehkimal Koluskap.
“Oli suhpekok kiskok naka ktolihton kolhikon. Ckupehek, co potep kpotha. Wehkahan olowikonok towanol naka ktokecehton tan weci kisessik.”
Kcihknaqc kisihton. Kenok etoli kwecehtak on ‘pothosin. Alowi notelosu.
Nit eli pskowat Koluskap. “Cowitpotohpon ktowehkan kotok ktowan kecehtowon,” tiyal.
Apc nektsontek, Koluskap kisi yahal weci natsakihtak kolhikon. Kcihknac pothal potepol. On ‘topaciphan naka sotomowan kloskapol. “Mosa yot ponahkoc, ktahcowi liptouwan Sakom.” Nit tena kisi olohket.
Kcihknac papehcimal Koluskapol, “kekw olohke Nisowit skitap”.
“Ktahcowolohk naka kolankey owan ksiwiyik,” Koluskap tiyal.
Nit te yakw eyit wikowak.
“Cowitpot knaci kotonkan,” itom Koluskap, naciphan potep.
Mate kenok nihtawehtowon. ‘Tahcowokehkimal Koluskap.
“Oli suhpekok kiskok naka ktolihton kolhikon. Ckupehek, co potep kpotha. Wehkahan olowikonok towanol naka ktokecehton tan weci kisessik.”
Kcihknaqc kisihton. Kenok etoli kwecehtak on ‘pothosin. Alowi notelosu.
Nit eli pskowat Koluskap. “Cowitpotohpon ktowehkan kotok ktowan kecehtowon,” tiyal.
Apc nektsontek, Koluskap kisi yahal weci natsakihtak kolhikon. Kcihknac pothal potepol. On ‘topaciphan naka sotomowan kloskapol. “Mosa yot ponahkoc, ktahcowi liptouwan Sakom.” Nit tena kisi olohket.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Un jour, Koluskap explique à son oncle Tortue : « Les frères de ta femme, ces jeunes caribous, vont jouer au football et tu devrais aller avec eux. Ensuite, ils vont se mesurer à la course. » Le groupe se dirige vers un champ près du camp du Chef et se mettent à jouer. Ayant l’apparence d’un homme, Tortue joue fort bien et Koluskap pense : « Hum! on dirait que Tortue commence à devenir trop fier! Je vais le faire trébucher. » Tortue tombe comme l’a voulu Koluskap et les caribous lui marchent dessus.
L’après-midi suivant la partie de football, ils vont faire une course à pied dont le poteau d’arrivée se situe près du camp du Chef. Lorsque Tortue rejoint la foule, les caribous lui disent : « Comment est-ce que tu pourrais courir? Tu peux à peine marcher! Tu ferais mieux de rentrer au lieu de courir, sinon tu nous feras honte à tous. » Mais au moment où tous les coureurs s’alignent, Tortue est parmi eux. Il prend immédiatement la tête de la course et lorsqu’il se trouve près de l& Pour en lire plus
Un jour, Koluskap explique à son oncle Tortue : « Les frères de ta femme, ces jeunes caribous, vont jouer au football et tu devrais aller avec eux. Ensuite, ils vont se mesurer à la course. » Le groupe se dirige vers un champ près du camp du Chef et se mettent à jouer. Ayant l’apparence d’un homme, Tortue joue fort bien et Koluskap pense : « Hum! on dirait que Tortue commence à devenir trop fier! Je vais le faire trébucher. » Tortue tombe comme l’a voulu Koluskap et les caribous lui marchent dessus.
L’après-midi suivant la partie de football, ils vont faire une course à pied dont le poteau d’arrivée se situe près du camp du Chef. Lorsque Tortue rejoint la foule, les caribous lui disent : « Comment est-ce que tu pourrais courir? Tu peux à peine marcher! Tu ferais mieux de rentrer au lieu de courir, sinon tu nous feras honte à tous. » Mais au moment où tous les coureurs s’alignent, Tortue est parmi eux. Il prend immédiatement la tête de la course et lorsqu’il se trouve près de l’arrivée, il bondit par-dessus le wigwam du Chef. Tortue recommence plusieurs fois, en criant à chaque saut. Koluskap, qui a assisté à toute la scène, pense secrètement : « Mon oncle, au prochain saut, tu vas te prendre dans un des poteaux du wigwam. » Et c’est exactement ce qui arrive. Tortue se prend dans un des poteaux du wigwam et redevient une tortue. Et le voilà qui s’étire les pattes, essayant de se libérer, fort gêné.
Koluskap, qui est maintenant à l’intérieur du wigwam, fait mine de ne pas remarquer la tortue qui se débat de manière ridicule au-dessus de sa tête. Bien au contraire, il prend un tisonnier et attise le feu; des flammèches et de la fumée s’envolent par le haut du wigwam et Tortue les reçoit en plein visage. Il s’étrangle et hurle : « Arrête d’attiser le feu! » Koluskap regarde en l’air et voit Tortue; il secoue la tête et lui demande : « Qu’est-ce que tu fais là-haut, mon oncle? Tu veux toujours en faire plus que les autres et te voilà en mauvaise posture maintenant. »
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
L’hiver suivant, alors que la neige recouvre le sol et que la saison est propice à la chasse à l’orignal, tous les fils du Chef fabriquent des raquettes. Koluskap dit : « Oncle Tortue, fabrique-toi des raquettes pour aller avec eux. » Tortue demande de quelle taille doivent être les raquettes qu’il doit fabriquer et Koluskap répond : « Sept fois la paume de ta main. »
Tortue va trouver le Chef pour lui annoncer : « Je vais me faire des bonnes raquettes à maillage fin pour vous accompagner à la chasse. » La femme du Chef, qui n’aime pas beaucoup Tortue, affirme : « Il n’arrivera pas à vous suivre. Il s’enfoncera dans la neige. » Le Chef n’est pas de cet avis : « N’oublie pas qu’il a ramené une baleine au village sur son dos. »
Les raquettes terminées, il se mettent tous en route. Tortue est bientôt à la traîne, car il tombe sans cesse; il finit par avoir si mal qu’il peut à peine marcher. Écœurés, les fils du Chef s’exclament : &laqu Pour en lire plus
L’hiver suivant, alors que la neige recouvre le sol et que la saison est propice à la chasse à l’orignal, tous les fils du Chef fabriquent des raquettes. Koluskap dit : « Oncle Tortue, fabrique-toi des raquettes pour aller avec eux. » Tortue demande de quelle taille doivent être les raquettes qu’il doit fabriquer et Koluskap répond : « Sept fois la paume de ta main. »
Tortue va trouver le Chef pour lui annoncer : « Je vais me faire des bonnes raquettes à maillage fin pour vous accompagner à la chasse. » La femme du Chef, qui n’aime pas beaucoup Tortue, affirme : « Il n’arrivera pas à vous suivre. Il s’enfoncera dans la neige. » Le Chef n’est pas de cet avis : « N’oublie pas qu’il a ramené une baleine au village sur son dos. »
Les raquettes terminées, il se mettent tous en route. Tortue est bientôt à la traîne, car il tombe sans cesse; il finit par avoir si mal qu’il peut à peine marcher. Écœurés, les fils du Chef s’exclament : « Tu n’es bon à rien! Tu n’es même pas capable de marcher avec des raquettes. Tu nous embêtes. » L’un d’eux ajoute : « On t’avait dit de ne pas venir. » Un autre encore : « Mets-le sur le traîneau. Il pourra le surveiller jusqu’à notre retour. C’est la seule chose qu’il soit capable de faire. »
Le lendemain matin, ils partent à la chasse à l’orignal et Tortue insiste pour les accompagner, ce qui agace passablement les fils du Chef. Ils arrivent dans une clairière et un des fils dit : « Les orignaux sont en route ». Tortue reçoit l’ordre de suivre les chasseurs. Tous se mettent sur la piste des orignaux, mais Tortue tombe immédiatement et les autres lui passent dessus avec leurs raquettes. Tortue se retrouve enterré sous la neige et a du mal à se remettre debout. Koluskap, qui a assisté à toute la scène, pense que le temps est venu pour son oncle de se montrer sous un meilleur jour. Alors une fois encore, Tortue bondit par-dessus les petits arbres au lieu de les contourner. Il dépasse les fils du Chef, mais ceux-ci ne le reconnaissent pas du fait de sa rapidité. Ils ne parviennent même pas à suivre sa trace, car ses foulées sont bien trop espacées.
Finalement, lorsque les fils du Chef le rattrapent, Tortue a déjà tué et dépouillé les orignaux, et il a même préparé le souper. Les fils du Chef sont très honteux de la manière dont ils ont traité Tortue plus tôt. Après le repas, ils retournent à leurs traîneaux et chargent deux quartiers d’orignal chacun, mais il reste deux orignaux. Tortue les empile sur son traîneau, et l’un des frères fait remarquer, d’un ton sarcastique : « Il ne pourra jamais tirer tout ce chargement. » Une fois encore, Tortue fait appel au pouvoir dont l’a doté Koluskap; il emprunte un raccourci et arrive avant les autres. Voyant l’avance de Tortue, un des fils du Chef dit aux autres : « Il avance toujours. Nous devons faire de même, sinon il dira que nous sommes faibles. »
Pendant la nuit, le Chef se réveille et sort chercher du bois pour le feu. Entendant le bruit d’un traîneau sur la neige, il voit arriver Tortue avec le chargement de viande d’orignal. Il déclare à sa femme : « Tortue arrive avec de la viande d’orignal. » Mais elle rétorque : « Tu penses que c’est Tortue qui tire tout ça? Ce sont plutôt nos fils. » Quoi qu’il en soit, le Chef réveille sa fille en lui disant de préparer à manger pour son mari. Tortue ne tarde pas à paraître et le Chef fait remarquer à sa femme : « Tu vois, il a deux orignaux en un seul chargement. » Les fils du Chef n’arrivent que le lendemain matin, exténués. Plus tard, Koluskap rend visite à son oncle et le félicite pour ses prouesses de chasse.
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Maurice Sacobie discute de la vue d’un feu follet
Je me souviens une fois à Oromocto, j’étais jeune homme et on allait là-bas la nuit. Ma marraine, elle avait plein de filles, elles étaient jeunes, et pour aller chez elle, il fallait prendre un petit chemin en terre, et sur la droite, il y avait un petit ruisseau et une petite crête. On était tous là, debout sur la colline, quelques gars et moi. Quelqu’un a dit : « Regardez, qu’est-ce que c’est là-bas de l’autre côté du ruisseau? C’est quelqu’un avec une tête blanche. » On appelait ça des feux follets. Alors on se mettait à courir très vite, jusqu’à chez ma marraine. On entrait en courant, on se cassait la figure… « Qu’est-ce qui vous arrive, les garçons? » Ça la gênait pas. Elle disait : « Il n’y a personne dehors. » Et nous on répondait : « Ah si! Il y a quelqu’un! » On a fini par découvrir que c’était son fils qui faisait ça pour nous faire peur. Il est venu plus tard, [indéchiffrable] c’était comme si c’était vrai, tu pouvais pas… des tours comme ça, ça faisait vraiment vrai, tu sais.
Avec la permission de Maurice Sacobie
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Maurice Sacobie parle de son père qui voit un feu follet.
Mon père me racontait beaucoup d’histoires sur les endroits où on habitait. Là je parle d’avant que je sois né, mais il habitait là où il y a l’église, tu vois où c’est? Bref, il devait aller au magasin tous les soirs, je pense pour aller chercher quelque chose pour sa mère, et il disait qu’il y allait à pied à chaque fois. Et tous les soirs, quand il revenait, il disait qu’il y avait quelqu’un qui le suivait. Mais il voyait personne, il faisait noir, alors il s’arrêtait même pas, il continuait son chemin. Alors, un autre soir, là-haut, il y avait comme une brèche dans la clôture. Il y avait quelque chose qui n’arrêtait pas de courir, à chaque fois qu’il passait, il y avait quelque chose qui allait et venait en courant. On aurait dit un cheval, il disait que cette chose était derrière lui chaque soir qu’il allait au magasin. Il disait : « Il y avait un petit ravin là-bas, quand j’y arrivais, je voyais la maison, et à ce moment-là je commençais à accélérer le pas pour semer cette chose qui me suivait ». Dès qu’il allait dans le vieux ravin, la chose disparaissait. Quand il arrivait à la maison et qu’il voyait les lumières, enfin, les lampes, il se mettait à courir, là où commençait le ravin. Il disait qu’à partir de ce moment-là, il n’a plus vu la chose un soir sur deux, mais bon, à chaque fois qu’il allait au magasin, il y avait quelqu’un… un feu follet ou autre chose.
Avec la permission de Maurice Sacobie
Nouveau-Brunswick, CANADA
© 2007, Musée du Nouveau-Brunswick. Tous droits réservés.
Objectifs d'apprentissage
L’objet d’apprentissage « Histoires de la tradition orale » est conçu pour que les élèves et les éducateurs atteignent les objectifs suivants :
- Explorer comment l’expression artistique et littéraire reflète les facettes suivantes de l’identité canadienne : le paysage, le climat, l’histoire, la population et la citoyenneté et les défis et possibilités connexes.
- Évaluer les moyens utilisés pour préserver, modifier et transmettre la culture en période d’adaptation à un changement environnemental ou social.
- Tirer parti des idées des autres et les pousser plus loin afin de réfléchir à leur propre interprétation des expériences.
- Adapter efficacement le langage et la prestation selon l’auditoire et diverses situations afin de réaliser leurs buts ou intentions.
- Évaluer d’un œil critique l’utilisation que font les autres du langage et utiliser cette connaissance pour réfléchir à la leur et l’améliorer.
- Adapter le langage et le style de communication à l’auditoire, l’objet et la situation.
- Évaluer les idées, l’information et le langage, en les synthétisant de façon à en dégager un sens par l’adoption de diverses perspectives.
- Établir des liens entre les idées et l’information présentées dans les textes littéraires et médiatiques et ses propres expériences.
- Reconnaître comment l’utilisation artistique de la langue et les structures du genre et du texte peuvent influencer ou manipuler le lecteur ou le spectateur.
- Explorer les diverses façons par lesquelles les textes révèlent et produisent des idéologies, des identités et des positions.
- Réfléchir aux réactions que suscitent les textes imprimés et médiatiques, en tenant compte de son propre contexte social et culturel et de celui des autres.
- Utiliser l’écriture et d’autres moyens de représentation pour explorer et interpréter leurs expériences et y réfléchir, à l’aide d’une variété de textes et d’enjeux.
- Utiliser l’écriture et d’autres moyens de représentation pour exprimer des sentiments et réfléchir aux expériences qui ont façonné leurs idées, valeurs et attitudes.
- Faire des choix éclairés quant à l’utilisation de l’ordinateur et de la technologie médiatique à des fins de communication.
- Faire preuve d’un engagement à rédiger une variété de textes et à produire d’autres représentations.
- Utiliser l’information de diverses sources pour révéler et communiquer un sens.