La discrimination raciale contre les Noirs au Canada
par James W. St.G. Walker
Il est essentiel, dans l’analyse de toute situation sociale, de replacer les composantes dans leur contexte historique; cela s’applique particulièrement à la discrimination raciale.
Après la Conquête britannique, le nombre d’esclaves venus au Canada s’est accru et l’esclavage est devenu de plus en plus le lot des Noirs, mais on ne justifiait toujours pas cette condition en fonction de critères raciaux. L’effet immédiat de l’esclavage n'était pas l’émergence d’une doctrine raciste, mais plutôt l’assujettissement des Noirs à l’autorité des Blancs, lequel découlait de leur statut légal d’esclave. Cette condition d’esclave est à la source d’un grand nombre des préjugés concernant les Noirs, particulièrement les traits de dépendance et de manque d'initiative qu’on leur prêtait ainsi que l’opinion suivant laquel
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La discrimination raciale contre les Noirs au Canada
par James W. St.G. Walker
Il est essentiel, dans l’analyse de toute situation sociale, de replacer les composantes dans leur contexte historique; cela s’applique particulièrement à la discrimination raciale.
Après la Conquête britannique, le nombre d’esclaves venus au Canada s’est accru et l’esclavage est devenu de plus en plus le lot des Noirs, mais on ne justifiait toujours pas cette condition en fonction de critères raciaux. L’effet immédiat de l’esclavage n'était pas l’émergence d’une doctrine raciste, mais plutôt l’assujettissement des Noirs à l’autorité des Blancs, lequel découlait de leur statut légal d’esclave. Cette condition d’esclave est à la source d’un grand nombre des préjugés concernant les Noirs, particulièrement les traits de dépendance et de manque d'initiative qu’on leur prêtait ainsi que l’opinion suivant laquelle ils n’étaient aptes qu’à des emplois subalternes et non spécialisés. Même après la disparition graduelle de l’esclavage au Canada, ces croyances ont été entretenues de l’extérieur par l’asservissement continu des Noirs jusqu’en 1834 dans l’empire britannique et en 1865 aux États-Unis.
Subissant le ressac de plus d’un siècle d’esclavage au Canada, les immigrants noirs se sont vus relégués à des emplois de domestiques et de manœuvres. Alors qu'à l'époque, le rang dans la société était étroitement lié à la condition économique, la discrimination imposée aux Noirs sur le marché du travail se répercutait presque d’office sur d’autres aspects de leur vie. Au moment de la Confédération, on avait déjà dressé une barrière sociale en rangeant tous les Noirs dans une classe distincte, à l’écart de la société dominante, barrière d’ailleurs maintenue davantage par des comportements que par des lois et justifiée plus par des conventions que par une idéologie raciste. Cette discrimination n’émanait nullement d’une logique ni d’un projet particulier, mais était plutôt un produit de l’histoire.
Un premier groupe dde 3 500 immigrants noirs libres et loyalistes ont franchi la frontière canadienne en 1783. La plupart d'entre eux avaient connu l’esclavage aux États-Unis et s’étaient affranchis pendant la guerre de l’Indépendance en se joignant aux troupes britanniques contre la promesse qu’on leur conférerait les mêmes droits et privilèges que ceux accordés aux autres loyalistes. Ils se sont en majorité installés en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick où les conditions ont perpétué certains désavantages issus de l’esclavage. Étant donné que la confusion régnait et que la concession des terres aux loyalistes ne se faisait qu’au compte-gouttes, il a fallu établir un ordre de priorité où les plus influents et les plus puissants ont d'abord été servis, pendant que les affranchis restaient sur une liste d’attente. Peu de loyalistes noirs ont obtenu une concession et ceux qui en ont eu, ont reçude minuscules lopins de terre dont personne ne voulait. Selon l'habitude chez de nombreux groupes de loyalistes, on établissait les Noirs dans des secteurs distincts, souvent en bordure des principaux établissements blancs; séparés par la distance, les Noirs n’en étaient que plus défavorisés. Incapables de pourvoir à leur subsistance sur des terres à faible rendement, ils devaient s’en remettre aux propriétaires fonciers blancs et au gouvernement pour trouver du travail.
Condamnés à vivre en marge de la société, dépendants des Blancs pour leur survie et victimes de ségrégation sociale, les Noirs libres ont formé une classe à part inférieure même au dernier palier de l’échelle sociale occupée par des Blancs. La ségrégation et la discrimination qui sévissaient à l’égard des Noirs dans l’emploi et le logement s’étendaient également à l’éducation et à la religion. Il ne fait guère de doute que l’assimilation de tous les Noirs à une classe de travailleurs subalternes et de citoyens inférieurs avait pour fondement la couleur de leur peau. Cependant aucune théorie raciale n’étayait encore ce comportement de la société blanche. De fait, on justifiait la discrimination infligée aux Noirs par leurs antécédents d’esclaves et, dans une société où l’on attachait beaucoup de prix à la condition sociale, par le statut social inférieur qui en résultait.
L’histoire montre qu’elle s’est établie sur un ensemble de préjugés raciaux. On a prêté aux Noirs des traits particuliers, des rôles subalternes et un statut de marginaux. Ces préjugés étaient eux-mêmes fondés sur les bases mouvantes de l’ignorance et de la rumeur publique.
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Objectifs d'apprentissage
Les apprenants seront en mesure de comprendre le traitement des résidants Noirs dans les colonies de l’Amérique du Nord britannique dans les années qui ont suivi la Révolution américaine.