L’histoire de la peinture russe remonte aux icônes du 12e siècle, tandis qu’au Canada, l’émergence de la peinture ne date que de la seconde moitié du 18e siècle. Dans ce même siècle apparaissent, dans les deux pays, les premières représentations de paysage : en Russie avec les « veduttistes » et au Canada, avec les topographes de l’armée britannique. Les premiers réalisaient des vues de paysages urbains ou de paysages peuplés de ruines antiques alors que les seconds, formés à l’Académie militaire de Greenwich près de Londres, avaient pour tâche de dessiner ou de peindre à l’aquarelle la topographie du paysage.

Le genre du paysage tarde toutefois à s’affirmer ; il faut attendre le dernier tiers du 19e siècle pour assister à une recrudescence de ces représentations. Dans les années 1860, les peintres s’attachent de plus en plus au paysage local, pour son intérêt en soi ou pour son importance historique. Rendus e Pour en lire plus
L’histoire de la peinture russe remonte aux icônes du 12e siècle, tandis qu’au Canada, l’émergence de la peinture ne date que de la seconde moitié du 18e siècle. Dans ce même siècle apparaissent, dans les deux pays, les premières représentations de paysage : en Russie avec les « veduttistes » et au Canada, avec les topographes de l’armée britannique. Les premiers réalisaient des vues de paysages urbains ou de paysages peuplés de ruines antiques alors que les seconds, formés à l’Académie militaire de Greenwich près de Londres, avaient pour tâche de dessiner ou de peindre à l’aquarelle la topographie du paysage.

Le genre du paysage tarde toutefois à s’affirmer ; il faut attendre le dernier tiers du 19e siècle pour assister à une recrudescence de ces représentations. Dans les années 1860, les peintres s’attachent de plus en plus au paysage local, pour son intérêt en soi ou pour son importance historique. Rendus en conformité avec les canons de la peinture d’Europe de l’Ouest, ces tableaux constituent davantage des visions stéréotypées que de véritables représentations du paysage local.

Formé selon les critères de l’Europe occidentale, le regard que portent les peintres russes et canadiens sur leurs paysages passe par le filtre de leurs propres influences. Des courants dominants, tels que la peinture académique, le romantisme, le naturalisme et l’impressionnisme ont donc une très forte incidence sur leurs œuvres. Le choix du cadrage, le traitement de la lumière ou de la couleur, ou encore le choix de la technique, sont souvent la transposition plus ou moins intuitive de conventions.

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Stanislav Evguenievitch Vronski

Tounká, par Stanislar Erguenievitch Vronski, 1876.

Stanislav Evguenievitch Vronski
1876
huile sur toile
75 x 104 cm
© Musée régional des beaux-arts Soukatchev d’Irkoutsk.


La vallée Tounkinskaïa (Tounká) est située au sud du lac Baïkal. Au nord, cette vallée est entourée des versants de la chaîne de montagnes Tounkinskaïa, dont les sommets sont couverts de neige dix mois par année. Les rochers escarpés, les falaises et les pics revêtent parfois les formes les plus inattendues. Dans les contreforts de ces montagnes pousse une dense forêt de conifères. La vallée est réputée pour ses sources et ses herbes médicinales. Il est possible de retrouver sur cette terre ancienne des traces de l’activité humaine datant de l’époque paléolithique. Les habitants de ces lieux sont les descendants des cosaques russes, venus de la Russie centrale au 16e siècle, ainsi que les Bouriates, ressortissants russifiés des terres de la région du lac Baïkal. Ce sont des agriculteurs, des éleveurs de bétail, des chasseurs, des pêcheurs, et ils font aussi le commerce du grain. C’est en s’appuyant sur ses nombreuses études que Vronski a pu créer de Pour en lire plus

La vallée Tounkinskaïa (Tounká) est située au sud du lac Baïkal. Au nord, cette vallée est entourée des versants de la chaîne de montagnes Tounkinskaïa, dont les sommets sont couverts de neige dix mois par année. Les rochers escarpés, les falaises et les pics revêtent parfois les formes les plus inattendues. Dans les contreforts de ces montagnes pousse une dense forêt de conifères. La vallée est réputée pour ses sources et ses herbes médicinales. Il est possible de retrouver sur cette terre ancienne des traces de l’activité humaine datant de l’époque paléolithique. Les habitants de ces lieux sont les descendants des cosaques russes, venus de la Russie centrale au 16e siècle, ainsi que les Bouriates, ressortissants russifiés des terres de la région du lac Baïkal. Ce sont des agriculteurs, des éleveurs de bétail, des chasseurs, des pêcheurs, et ils font aussi le commerce du grain. C’est en s’appuyant sur ses nombreuses études que Vronski a pu créer des œuvres picturales monumentales. Dans la toile Tounká se trouvent réunies les traditions académiques du paysage polonais, ainsi que la vision romantique de la nature exotique et du mode de vie national très particulier des peuples locaux.

Stanislav Evguenievitch Vronski


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Fiodor Alexandrovitch Vassiliev

Le paysage Avant l'orage, par Fiodor Alexandrovitch Vassiliev, 1870.

Fiodor Alexandrovitch Vassiliev
1870
huile sur toile
56 x 92 cm
© Musée national des beaux-arts de Nijni-Novgorod.


Le paysage Avant l’orage manifeste un caractère dramatique intense. La silhouette solitaire d’un voyageur avec son bâton de marche, qui n’a nulle place où se protéger des éléments menaçants, insuffle au tableau un sentiment d’angoisse. La combinaison libre des couleurs, leur intensité, ainsi que l’esprit romantique qui domine l’œuvre, témoignent de l’originalité du talent de l’auteur. Au début des années 1870, Vassiliev était déjà un maître accompli dont les œuvres enrichissaient de traits nouveaux le paysage réaliste russe. Dans ses paysages, la représentation de la densité conflictuelle de la nature semble une prophétie de son propre destin tragique et de sa mort prochaine.

Fiodor Alexandrovitch Vassiliev

Le paysage Avant l’orage manifeste un caractère dramatique intense. La silhouette solitaire d’un voyageur avec son bâton de marche, qui n’a nulle place où se protéger des éléments menaçants, insuffle au tableau un sentiment d’angoisse. La combinaison libre des couleurs, leur intensité, ainsi que l’esprit romantique qui domine l’œuvre, témoignent de l’originalité du talent de l’auteur. Au début des années 1870, Vassiliev était déjà un maître accompli dont les œuvres enrichissaient de traits nouveaux le paysage réaliste russe. Dans ses paysages, la représentation de la densité conflictuelle de la nature semble une prophétie de son propre destin tragique et de sa mort prochaine.

Fiodor Alexandrovitch Vassiliev


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Mikhail Constantinovitch Klodt

Les Vaches à l'abreuvoir, par Mikhail Constantinovitch Klodt, 1871.

Mikhail Constantinovitch Klodt
1871
huile sur toile
34 x 51 cm
© Musée des beaux-arts de Samara


Le tableau Les Vaches à l’abreuvoir est une copie que l’auteur a effectuée de son paysage présenté à la Première exposition ambulante, en 1871. L’artiste nous montre un paysage typique de la Russie centrale, ouvrant sur une perspective large et lointaine ; il a su rendre le rythme lent de la vie quotidienne rurale. Le peintre accorde un soin particulier à l’exécution des détails, un soin qui, à certains moments, atteint même la manière naturaliste. Ce caractère scrupuleux fut la cause de reproches que des contemporains adressèrent quelquefois à l’artiste.

Mikhail Constantinovitch Klodt

Le tableau Les Vaches à l’abreuvoir est une copie que l’auteur a effectuée de son paysage présenté à la Première exposition ambulante, en 1871. L’artiste nous montre un paysage typique de la Russie centrale, ouvrant sur une perspective large et lointaine ; il a su rendre le rythme lent de la vie quotidienne rurale. Le peintre accorde un soin particulier à l’exécution des détails, un soin qui, à certains moments, atteint même la manière naturaliste. Ce caractère scrupuleux fut la cause de reproches que des contemporains adressèrent quelquefois à l’artiste.

Mikhail Constantinovitch Klodt


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Aleksei Petrovitch Bogolioubov

L'Embouchure de la Neva, par Aleksei Petrovitch Bogolioubov, 1872

Aleksei Petrovitch Bogolioubov
1872
huile sur toile
61 x 94 cm
© Galerie nationale Tretiakov (Moscou).


La Neva et Saint-Pétersbourg furent les thèmes favoris de Bogolioubov. Celui-ci n’aspirait pas à la beauté romantique si caractéristique de l’œuvre d’Aïvazovski, mais ses compositions représentant d’impressionnants panoramas revêtent un caractère solennel et sublime. Sur cette toile, le peintre présente la côte de l’Amirauté près de l’embouchure de la grande Neva qui se jette dans la mer Baltique. Au centre de la composition, se trouve une coupole de la cathédrale Saint-Isaac, tandis que du côté gauche, on peut deviner la flèche de l’Amirauté, au lointain. Au premier plan, Bogolioubov peint des scènes anodines de la vie quotidienne, en y incluant des bateaux à vapeur et à voile : pour lui, Saint-Pétersbourg n’est pas seulement la capitale impériale, mais aussi une ville jeune, moderne et bouillonnante, le « Manchester russe », comme le peintre aimait l’appeler.

Aleksei Petrovit Pour en lire plus

La Neva et Saint-Pétersbourg furent les thèmes favoris de Bogolioubov. Celui-ci n’aspirait pas à la beauté romantique si caractéristique de l’œuvre d’Aïvazovski, mais ses compositions représentant d’impressionnants panoramas revêtent un caractère solennel et sublime. Sur cette toile, le peintre présente la côte de l’Amirauté près de l’embouchure de la grande Neva qui se jette dans la mer Baltique. Au centre de la composition, se trouve une coupole de la cathédrale Saint-Isaac, tandis que du côté gauche, on peut deviner la flèche de l’Amirauté, au lointain. Au premier plan, Bogolioubov peint des scènes anodines de la vie quotidienne, en y incluant des bateaux à vapeur et à voile : pour lui, Saint-Pétersbourg n’est pas seulement la capitale impériale, mais aussi une ville jeune, moderne et bouillonnante, le « Manchester russe », comme le peintre aimait l’appeler.

Aleksei Petrovitch Bogolioubov


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Ivan Ivanovitch Chichkin

La Forêt de pins. Haute futaie dans la région de Viatka, par Ivan Ivanovitch Chichkin, 1872.

Ivan Ivanovitch ChiChkin
1872
huile sur toile
117 x 165 cm
© Galerie nationale Tretiakov (Moscou).


Pour Chichkine, comme pour ses contemporains, l’image de la nature n’était pas détachable de l’idée de la Russie, de son peuple ni du destin de son peuple. Rien n’est fortuit dans le tableau La Forêt de pins, notamment la période du jour qui n’a pas été choisie au hasard : l’heure du midi doit évoquer l’image d’une Russie dont les forces intérieures sont en plein épanouissement. Le célèbre critique Stassov qualifiait les tableaux de Chichkine de « paysages pour héros », mais en même temps, Chichkine aspirait à l’approche la plus exacte et la plus « scientifique » du motif représenté. Cette particularité fut remarquée par son ami le peintre Kramskoï : « La forêt est sauvage, l’eau ferrugineuse du ruisseau est jaune foncé, tout son fond est couvert de pierres [...] ». On disait à propos de Chichkine : « C’est un réaliste convaincu au fond de lui-même, qui sait profondément sentir et ardemment Pour en lire plus

Pour Chichkine, comme pour ses contemporains, l’image de la nature n’était pas détachable de l’idée de la Russie, de son peuple ni du destin de son peuple. Rien n’est fortuit dans le tableau La Forêt de pins, notamment la période du jour qui n’a pas été choisie au hasard : l’heure du midi doit évoquer l’image d’une Russie dont les forces intérieures sont en plein épanouissement. Le célèbre critique Stassov qualifiait les tableaux de Chichkine de « paysages pour héros », mais en même temps, Chichkine aspirait à l’approche la plus exacte et la plus « scientifique » du motif représenté. Cette particularité fut remarquée par son ami le peintre Kramskoï : « La forêt est sauvage, l’eau ferrugineuse du ruisseau est jaune foncé, tout son fond est couvert de pierres [...] ». On disait à propos de Chichkine : « C’est un réaliste convaincu au fond de lui-même, qui sait profondément sentir et ardemment aimer la nature [...] ». Mais tout en considérant cela, il faut préciser que l’artiste introduit des contrastes dans son paysage ; il le théâtralise et offre ainsi une sorte de « spectacle de la nature ».

Ivan Ivanovitch Chichkine


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Vasilii Dmitrievitch Polénov

Une cour à Moscou, par Vasilii Dmitrievitch Polénov, 1878.

Vasilii Dmitrievitch Polénov
1878
huile sur toile
64,5 x 80,1 cm
© Galerie nationale Tretiakov (Moscou).


Cette toile est la préférée de nombreuses générations de spectateurs. Polénov a peint un endroit typique de la vieille ville de Moscou : l’église de Spasse-na-Peskakh (Saint-Sauveur-sur-les-sables), située dans une des ruelles proches de l’ancienne rue Arbat. Cette église a été préservée jusqu’à nos jours, mais elle est aujourd’hui située dans un milieu urbain complètement différent. Le tableau nous permet de découvrir le paysage urbain caractéristique du Moscou des 18e et 19e siècles. L’unité principale de construction de Moscou, à cette époque, correspondait aux maisons et aux cours, et non aux rues et aux places. Les vieux hôtels particuliers de Moscou, qui parfois occupaient un quartier entier, étaient entourés de jardins remplis d’arbres fruitiers et de dépendances. Ces « nids de gentilshommes » correspondaient au modèle du quotidien traditionnel de la campagne et c’est pourquoi on qualifiait souvent Moscou Pour en lire plus

Cette toile est la préférée de nombreuses générations de spectateurs. Polénov a peint un endroit typique de la vieille ville de Moscou : l’église de Spasse-na-Peskakh (Saint-Sauveur-sur-les-sables), située dans une des ruelles proches de l’ancienne rue Arbat. Cette église a été préservée jusqu’à nos jours, mais elle est aujourd’hui située dans un milieu urbain complètement différent. Le tableau nous permet de découvrir le paysage urbain caractéristique du Moscou des 18e et 19e siècles. L’unité principale de construction de Moscou, à cette époque, correspondait aux maisons et aux cours, et non aux rues et aux places. Les vieux hôtels particuliers de Moscou, qui parfois occupaient un quartier entier, étaient entourés de jardins remplis d’arbres fruitiers et de dépendances. Ces « nids de gentilshommes » correspondaient au modèle du quotidien traditionnel de la campagne et c’est pourquoi on qualifiait souvent Moscou de « grand village ». Polénov a su créer une image imprégnée de paix et de tranquillité. Peint avec de vives couleurs, ce tableau affirme la joie de l’existence journalière — ce que le peintre Sérov appelait la « félicité » — et rend les sentiments radieux de l’auteur.

Vasilii Dmitrievitch Polénov


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Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va :

  • Comprendre l’influence de la géographie sur la culture;
  • Comprendre que l’art peut représenter des expériences vécues par les gens;
  • Examiner comment les principaux mouvements artistiques européens ont influencé l’interprétation des paysages dans la peinture russe;
  • Connaître les différences et les similitudes entre la peinture de paysage russe et canadienne avant 1940;
  • Se rendre compte du développement d’un style de peinture de paysage typiquement russe;
  • Être capable de poser un regard critique sur différents styles artistiques;
  • Reconnaître les émotions que peut susciter l’art.

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