Les Innus du Labrador fabriquaient et utilisaient huit types de raquettes : 1. Ushetusham - raquette à queue d’hirondelle 2. Kautapishusht - raquette à queue de castor 3. Papatshitakusham - raquette faite de planches de bois 4. Mashkusham - raquette patte d’ours à une traverse 5. Uikuessiusham - raquette patte d’ours à deux traverses 6. Mashkusham - raquette patte d’ours (partie supérieure non lacée) 7. Shakusham 8. Ushuiakusham - raquette queue de porc-épic En général, les Innus du Labrador et du Québec « préféraient des raquettes de forme ovale avec une queue très courte ou inexistante, qui leur permettaient de manœuvrer dans des terrains vallonneux, densément boisés et buissonneux. » (Time-Life Books, 1995, p. 88). Et même dans la toundra de la rivière George et du plateau du Labrador, les raquettes de forme ovale étaient les préférées. À la fin du XIX e siècle, alors qu’il faisait des études ethnographiques à Fort Chimo (Kuujjuaq), dans la baie de l’Ungava, Lucien M. Turner a noté six types de raquettes utilisés chez les Mushuaunnuat (Innus de la toundra) : trois sortes de raquettes patte d’ours, les raquettes à queue d’hirondelle, les raquettes à queue de castor et les raquettes en planches de bois. Pour ce qui est des raquettes lacées, il a observé que le « lacis est fait de peau de caribou dont la fourrure a été enlevée et que l’on a fait sécher jusqu’à un état dit de parchemin. On la coupe en bandes de diverses largeurs, selon l’usage auquel elles sont destinées. » (1894 [1979], p. 146). À propos de l’aiguille à fileter, amaku , Turner rapportait : On emploie une aiguille faite d’os, de corne ou de fer... pour lacer les raquettes. L’aiguille est plate et arrondie aux deux bouts, afin qu’on puisse s’en servir dans les deux sens. Le chas, dans lequel on passe le fil, est au milieu. On emploie des aiguilles de tailles diverses selon le genre de lacis, dont les mailles sont de dimensions très différentes (ibid., p. 146). William Duncan Strong, qui a mené des travaux ethnographiques chez les Mushuaunnuat dans la région de Davis Inlet en 1927–1928, a également noté ses observations de raquettes innues et de leur fabrication. Voir l’ouvrage de VanStone (1985, pp. 15–19) pour lire la description par W. D. Strong de la méthode de fabrication. W. D. Strong a obtenu des raquettes de plusieurs types, qui sont maintenant conservées au Field Museum of Natural History , à Chicago, aux États-Unis. Renseignements sur la fabrication des raquettes, obtenus de Shimun Michel et de Manian « Ashini » Michel, de Sheshatshiu, au cours d’entrevues menées en octobre et novembre 2002 Shimun : Je dois d’abord chercher un bouleau ou un mélèze à partir duquel je vais faire des raquettes [les cadres]. Il me faut en général trois jours pour trouver le bon arbre. Je commence par fabriquer les cadres. Je les trempe dans l’eau chaude et je les plie pour leur donner une forme circulaire. J’amène les deux extrémités l’une contre l’autre, puis je les attache ensemble avec une corde solide. À cause du harnais qui entoure le pied, la raquette ne peut pas se détacher du pied, à moins qu’elle ne se brise. On ne met pas le pied sur la traverse avant de la raquette. La porte d’une raquette est l’endroit où l’on met le pied et auquel le harnais est attaché. On peut utiliser différentes couleurs de laine pour décorer une raquette. À la tête des cadres, on fait des perforations pour y passer la laine. Certains Innus décorent leurs raquettes parce qu’ils en sont fiers. D’autre part, il y a différents styles de raquettes. Dans d’autres communautés innues, la peau de caribou est plus foncée parce que le sang qui était dessus n’a pas été bien gratté. Il y a aussi des raquettes qui portent d’autres noms. Les raquettes à queue de castor sont utilisées pour travailler dehors en hiver, pour aller chercher du bois de chauffage, vérifier les pièges et faire de longues distances en tirant un toboggan. Il revient aux hommes de fabriquer les cadres de raquette, et aux femmes de faire le laçage et la décoration. C’est un aîné, Mishen Pasteen, qui m’a montré comment faire des raquettes. Il m’a fallu une semaine pour en fabriquer une. Au début, je ne savais pas comment mesurer les cadres, de quelle grandeur je les voulais. Ensuite, le troisième jour, j’ai fait tout ce qu’il m’avait enseigné, et quand je suis allé le voir, il m’a dit de mesurer avec mes doigts. C’est ce que j’ai fait, et finalement j’ai réussi. Aujourd’hui, nous fabriquons toujours des raquettes de tous les types. Nous les vendons à tous ceux qui veulent en acheter. Nous faisons aussi des raquettes miniatures comme décoration, pour suspendre au mur. Cela fait de jolies décorations pour la maison. La fabrication de raquettes demande beaucoup de travail, à cause de la peau de caribou. Il faut la préparer et la découper en lanières très fines. Manian : La peau de caribou est la meilleure pour lacer les raquettes. La peau d’orignal n’est pas résistante. Elle ne dure pas aussi longtemps que celle de caribou. La peau de phoque est bonne elle aussi pour le lacis. La peau est nettoyée et vraiment bien grattée. On enlève le gras de la peau à l’aide d’un ulu. Une fois qu’elle a bien été grattée, la peau n’est plus glissante et est durable. Si ces types de peau ne sont pas disponibles, on peut toujours utiliser de la toile que l’on déchire en bandes. Mais cela ne fonctionne que pour fabriquer des raquettes patte d’ours. Lorsque les raquettes sont terminées, vous les suspendez à un arbre près de votre tente tôt le matin. Les maîtres animaux ressentent alors de la peine et vous aident à attraper un caribou.
The Rooms
Peter Armitage, conservateur/animateur (St-Jean T.-N), Nympha Byrne, chercheuse (Natuashish, Labrador) et Gillian Davidge, conseiller en éducation (The Rooms, St. John’s, NL)