Mattie Hayes avait près de 60 ans en 1909, lorsqu’elle a décidé d’aller au nord, au Canada, avec son mari, ses enfants et ses petits-enfants. Née esclave sur une plantation en Géorgie, après la guerre de Sécession, elle a émigré en Oklahoma pour s’éloigner du vieux Sud rempli d’amertume sur le plan racial. Après 1907, par contre, le gouvernement de l’Oklahoma a adopté des lois afin de séparer les commerces et les restaurants, a enlevé le droit de vote aux Noirs et a fermé les yeux sur les lynchages. Mattie Hayes a décidé de poursuivre son chemin.
Lorsque les immigrants noirs entraient au nord à la frontière du Canada en 1909, ils allaient dans diverses directions. Certains sont allés vers l’est au Manitoba et en Ontario. D’autres sont allés vers l’ouest en Alberta. Douze familles ont décidé de s’établir près d’Eldon, en Saskatchewan, dont les Hayes. Moyennant dix dollars, le gouvernement accordait à chacun des colons 160 acres, mais sous certaines conditions. Chaque fermier devait vivre sur la terre, construire une maison, défricher au moins 30 acres au cours des trois premières années et les clôturer. En fait, les colons d’Eldon ont fait mieux que ça. Ils ont également construit une église et ont envoyé leurs enfants à des écoles locales. À l’hiver, les hommes travaillaient comme conducteurs d’attelage. Au printemps, ils retournaient à la terre. C’était tout de même une belle vie. Mattie Hayes était satisfaite de passer le reste de sa vie à Eldon et, quand elle décédée à un âge avancé en 1953, elle y a été enterrée. Son voyage était terminé.
Janet Uren (WordImage Inc.)
Maggie Fawcett, Claire Brodie, L'agence Parcs Canada. Direction générale du multiculturalisme / Ministère du patrimoine canadien