En fin de compte, une révolution pas si tranquille

Parties en France dans les années 1950, la journaliste Lise Payette et l’artiste peintre Marcelle Ferron constatent que le Québec a passablement changé à leur retour dans la décennie suivante. C’est comme si, en l’espace de quelques années, un vent de renouveau souffle sur le Québec, un phénomène également observable dans la plupart des sociétés occidentales. En matière d’éducation et de santé, l’Église abandonne peu à peu ses prérogatives au profit d’un État résolument interventionniste et réformiste. Assez rapidement, l’instruction et les soins de santé deviennent accessibles au plus grand nombre. Sur le plan économique, le Québec clame haut et fort qu’il veut être maître chez lui, et il se dote des outils pour y parvenir. Par ailleurs, c’en est fini du nationalisme axé exclusivement sur la survivance de la race française, de sa foi catholique et de sa langue, ou ce que le sociologue Marcel Rioux appelle « l’idéologie de conservation ». Le nouveau nationalisme s’exprime à travers de nouvelles références et se veut plus affirmatif et plus revendicatif. Jusqu’au vocabulaire qui change. En effet, le poète Paul Chamberland écrit : « Nous utiliserons les termes Québec et Québécois de préférence à ceux de Canada français et de Canadien français. Le parti pris langagier recouvre une transformation des réalités. Québec ne sera plus une province mais un pays [...] ». Enfin, longtemps marginalisée et peu valorisée, la culture est en pleine effervescence dans les années 1960. Écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, cinéastes et chanteurs s’expriment comme jamais auparavant, sans contrainte, et trouvent un plus large auditoire.

Bref, tous ces changements constituent la Révolution tranquille, un moment dans l’histoire du Québec où l’inertie et la crainte font place à l’audace et à l’imagination, où, confiants, les Québécois ont cru en leurs moyens. N’est-ce pas Pierre Bourgault, chef du Rassemblement pour l’indépendance nationale, qui lance lors des élections de 1966 : « On est capable ». C’est au cours de ces années que les Québécois se découvrent, se forgent une fierté et découvre les autres.

Des regards et des perceptions sur la Révolution tranquille

« [...] l’année 1960 marque la fin du cléricalisme dogmatique, de la politique despotique et du nationalisme traditionaliste. Elle marque surtout l’entrée du Québec dans la modernité. »

Léon Dion, La Révolution déroutée, 1960-1976, Montréal, Boréal, 1998, p. 37.

« À tout prendre, avec la Révolution tranquille, nous aurons franchi une étape de notre cheminement historique. Elle nous a mis en présence des techniques sociales, elle a renouvelé notre poétique collective. Un rattrapage, si l’on veut, et pas méprisable pour autant. »

Fernand Dumont, Raisons communes, Montréal, Boréal, 1995, p. 25.
« La Révolution tranquille n’était ni « programmée » ni organisée de longues dates, ni ses résultats exacts prévisibles. Elle consista en un ensemble de décisions, de gestes et de symboles que les problèmes du temps réclamaient et que les circonstances d’alors permettaient. Il en découla des changements considérables et rapides dans tous les domaines de la vie collective au Québec et dans toutes les couches sociales. »

Yves Martin, cité dans Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Tome V : 1960 à 1970, Sillery, Septentrion, 2008, p. 439-440.
« [...] je dois tenir la Révolution tranquille pour ce qu’elle fut : une mutation exceptionnelle, apparemment née d’un hasard improbable, mais, en réalité, créée, un peu mystérieusement, dans la patience d’une longue et obscure attente, et fragile. Fragile et indestructible, comme l’espoir. »

(Guy Frégault, cité par Denis Vaugeois, « La culture, point de départ? », dans Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Tome V : 1960 à 1970, Sillery, Septentrion, 2008, p. 32.

« La « Révolution tranquille » apparaît donc comme le brusque déblocage d’une société beaucoup plus que comme une véritable « révolution » [206]. [...] les signes avant-coureurs sont venus d’abord des milieux intellectuels, artistiques plus précisément. »

Jean-Claude Robert, Du Canada français au Québec libre. Histoire d’un mouvement indépendantiste, Paris Flammarion, 1975, p. 206-207.
« La Révolution tranquille, c’est aussi la prise de parole par les couches entières de la population qui, jusque-là, n’avaient jamais parlé et dont l’élite  le clergé et les professions libérales  s’était fait le porte-parole. À partir de 1960, la « possession tranquille de la vérité » dont M. Lesage avait lui-même dit qu’elle caractérisait le peuple québécois, est violemment remise en question par les nouvelles élites. »

Marcel Rioux, La question du Québec, Montréal, Parti Pris, 1976, 104.
« C’est ce rejet de l’ancienne idéologie [celle d’une société essentiellement rurale et agraire, ce traditionalisme] dominante qui caractérise le mieux la Révolution tranquille et qui lui confère son caractère exceptionnel. »

Kenneth McRoberts et Dale Posgate, Développement et modernisation du Québec, Montréal, Boréal Express, 1983, p. 116.
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20e siècle
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